Question sur les remédiations individualisées

Question orale à Mme Caroline Désir, Ministre de l'Éducation, à propos de la remédiation individualisée.

Mme Stéphanie Cortisse (MR).- À 15 ans, un élève sur deux a déjà redoublé en Fédération Wallonie-Bruxelles, ce qui est beaucoup plus que dans les États voisins. La Déclaration de politique communautaire (DPC) met en avant la remédiation comme étant l'une des principales solutions pour diminuer le taux de redoublement.

Depuis de nombreuses années, mon parti plaide pour une remédiation immédiate et personnalisée. J'étais donc très satisfaite de lire dans la presse votre déclaration, la semaine passée. J'ajouterai toutefois que cette solution doit, selon moi, être envisagée dès le plus jeune âge, dès le début des apprentissages et aussitôt que les premiers problèmes surviennent. En effet, les enseignants peuvent observer tant des problèmes langagiers que d'assimilation chez certains élèves à partir de la maternelle. Il convient donc évidemment de prendre en charge ce type de problèmes pour éviter que des lacunes s'installent durablement et créent un effet d'engrenage chez certains élèves.

Ainsi, Madame la Ministre, envisageriez-vous d'organiser la remédiation à partir de la maternelle ? Avez-vous déjà abordé ce point lors des réunions du gouvernement ? La DPC ne donne aucun détail sur le moment à partir duquel ces remédiations individuelles sont prévues. Quelle est votre position sur le sujet ?

Mme Caroline Désir, ministre de l'Éducation.- Madame la Députée, les chiffres que vous citez sur le redoublement sont exacts, ce qui place la Fédération Wallonie-Bruxelles loin devant tous les autres pays européens. En cinquième année de l'enseignement secondaire, 62% des élèves ont déjà redoublé. Nous sommes tout simplement les champions du monde en matière de redoublement. Pourtant, il n'y a aucune raison pour que nos élèves soient moins intelligents que ceux des pays voisins.

Dans le cadre des travaux du Pacte pour un enseignement d'excellence, un dispositif «RCD» (remédiation, consolidation et dépassement) a été imaginé, visant une différenciation d'approfondissement des matières. Travailler en fonction du rythme de chaque élève, pour chacune des disciplines, est de nature à soutenir la motivation, l'intérêt et la confiance en soi. Ce dispositif s'appelle désormais « accompagnement personnalisé » dans le Code de l'enseignement fondamental et de l'enseignement secondaire. Les élèves ne pourront pas être inscrits dans des ateliers systématiques de remédiation ou de dépassement, au risque de créer des vitesses différentes dans un parcours qui doit être commun. Ce mécanisme est donc beaucoup plus large que la simple remédiation classique où, trop souvent, malgré quelques succès engrangés çà et là, le soutien aux élèves en difficulté est globalement inefficace. Ce soutien est externalisé dans des dispositifs parfois un peu bricolés : temps de midi, étude plus ou moins dirigée, bénévolat...De plus, il consiste souvent en une simple répétition de ce qui a été dit en classe, avec une efficacité toute relative.

La bonne volonté des enseignants et les moyens financiers, en particulier au premier degré de l'enseignement secondaire, ne manquent pourtant pas. Cependant, les stratégies développées pèchent souvent par un manque de reconnaissance du statut du professeur remédiant, mais aussi par une carence d'outils adaptés à la différenciation en classe, à la compréhension fine des problèmes d'apprentissage, etc. Le processus proposé dans le cadre du dispositif RCD consiste à augmenter l'encadrement pendant plusieurs périodes par semaine pour permettre une prise en charge plus modulaire des élèves. Le modèle retenu est, a minima, de trois enseignants dans deux classes pendant deux heures chaque semaine afin de créer des activités de soutien, de consolidation et de dépassement. Les premières ébauches d'affectation de moyens de RCD montrent qu'il serait possible d'affecter des moyens accrus, en début de scolarité, pour enrayer précocement les risques de décrochage cognitif qui conduisent rapidement à la perte de confiance en soi, à l'échec ou encore à la relégation. Voilà pour le principe.

Depuis 2018, 58 millions d'euros sont progressivement injectés pour atteindre ces objectifs, à raison de 5,6 millions par an. Ce budget permet de développer des expériences pilotes de différenciation et d'accompagnement personnalisé dans l'enseignement primaire, ainsi qu'au premier degré de l'enseignement secondaire. Des équipes de chercheurs issus d'universités et de hautes écoles accompagnent les équipes d'enseignants dans le test d'outils et de pratiques visant à surmonter les obstacles à l'apprentissage, en particulier en matière de co-intervention et de co-enseignement.

Les résultats de ces projets pilotes nous permettront d'organiser l'accompagnement personnalisé de manière structurelle pour que, dès l'année scolaire 2021-2022, les 113000 élèves de première et deuxième années primaires qui entreront alors dans le tronc commun puissent bénéficier de ce dispositif. Il y aura 250 à 450 temps pleins supplémentaires dans les classes en fonction des priorités choisies. Ensuite, l'accompagnement personnalisé continuera, année après année, au rythme de l'organisation du tronc commun.

Pour l'enseignement maternel, deux périodes de la grille horaire devront être consacrées à l'identification des difficultés d'apprentissage liées à la langue d'apprentissage et à l'apprentissage de la vie scolaire.

L'enjeu est de taille et étroitement lié à la réussite de l'organisation du tronc commun. L'an prochain, nous commencerons avec l'enseignement maternel et nous poursuivrons avec les première et deuxième primaires l'année d'après. Les dispositifs devront donc tous être opérationnels.

Mme Stéphanie Cortisse (MR).- Je vous remercie pour votre réponse complète. Je suivrai attentivement le processus de création de l'accompagnement personnalisé ainsi que l'organisation du tronc commun.