Question sur la formation des imams en FWB

Question de Mme Stéphanie Cortisse à Mme Valérie Glatigny, Ministre de l'Enseignement supérieur, de l'Enseignement de promotion sociale, de la Recherche scientifique, des Hôpitaux universitaires, de l'Aide à la jeunesse, des Maisons de Justice, de la Promotion de Bruxelles, de la Jeunesse et des Sports, à propos de la «Formation des imams en Fédération Wallonie-Bruxelles».

Mme Stéphanie Cortisse (MR).- La Flandre a récemment mis sur pied un cursus de formation pour les futurs imams, en collaboration avec l'EMB (Exécutif des Musulmans de Belgique) et le gouvernement fédéral.

La recommandation de créer un tel cursus avait été formulée par la Commission d'enquête parlementaire, créée dans la foulée des attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles.

À partir de février 2020, les futurs étudiants seront formés en néerlandais et en arabe à la KU-Leuven durant deux années d'enseignement général, avant de suivre une formation théologique pour quatre ans à l'Académie de formation et de recherche en études islamiques (AFOR), créée pour la cause. Les premiers imams formés exerceront d'ici six ans.

Toutes les mosquées reconnues devront dorénavant travailler avec des imams formés sur le territoire belge, dans le but de s'ouvrir aux valeurs belges et européennes et de prôner le vivre ensemble.

Même si certains jugent cette initiative insuffisante, elle est néanmoins très importante pour prévenir la radicalisation et les attaques terroristes sur notre territoire ou ailleurs. Par ailleurs, elle réduira l'influence des autres pays et permettra de mieux connaître les matières enseignées.

En Fédération Wallonie-Bruxelles, à la suite d'une étude de l'Université de Liège (ULiège), M. Marcourt avait installé en mars 2015 une commission d'experts chargés de réfléchir à la formation des cadres de l'islam -à savoir les imams, les professeurs de religion ou encore les conseillers de prison-, ainsi qu'à une émission concédée au culte musulman.

Le décret du 14 décembre 2016 portant sur la création d'un Institut de promotion des formations sur l'islam constituait une étape supplémentaire.

En réponse à une question de Mme Galant dans le cadre du débat budgétaire, vous aviez rap-pelé, Madame la Ministre, que l'objectif poursuivi est "de créer un islam de Belgique adapté au contexte démocratique belge et européen, respectueux de ses lois et de ses valeurs, dont font partie la séparation entre l'Église et l'État, l'égalité entre les hommes et les femmes, les respects des orientations sexuelles. Les missions de l'IPFI sont de financer et de mettre en réseau des formations destinées à différents publics (imams, professeurs de religion islamique, conseillers moraux, acteurs socioculturels, etc.), d'organiser des conférences, de préparer un bachelier en sciences religieuses et sociales et un master en théologie musulmane, de réfléchir à la création d'une faculté de théologie musulmane et d'animer une chaire interuniversitaire d'islamologie pratique".

Nous devons évidemment, comme l'a fait la Flandre, travailler en collaboration avec les différents niveaux de pouvoir.

Madame la Ministre, avez-vous échangé à ce sujet avec les différents niveaux de pouvoir dans le cadre des missions de l'IPFI? Pouvez-vous m'indiquer où nous en sommes en Fédération Wallonie-Bruxelles?

Mme Valérie Glatigny, ministre de l'Enseignement supérieur, de l'Enseignement de promotion sociale, des Hôpitaux universitaires, de l'Aide à la jeunesse, des Maisons de Justice, de la Jeunesse, des Sports et de la Promotion de Bruxelles.- Le 20 décembre dernier, j'ai rencontré les deux co-présidents du comité de direction de l'IPFI, Françoise Tulkens et Andrea Rea, ainsi que son directeur, Radouane Attiya. La rencontre avait pour but de discuter des réalisations et des objectifs de l'IPFI, y compris la création d'une chaire d'islamologie pratique qui serait accessible à tous.

L'IPFI n'a pas d'équivalent en Flandre. Il est chargé de la coordination et du soutien de l'offre de formations sur l'islam en Fédération Wallonie-Bruxelles. À ce jour, deux certificats sont proposés: l'un par l'Université Saint-Louis-Bruxelles, l'autre en collaboration par l'ULiège et l'Université libre de Bruxelles (ULB).

Les médias ont également fait état de deux certificats qui seront proposés par l'UCLouvain et qui ont reçu l'appui de l'EMB. Ces deux certificats ont été attestés par le conseil d'administration de l'Académie de recherche et d'enseignement supérieur (ARES) le 21 mai 2019 et sont en préparation.

La chaire d'islamologie est une des missions de l'IPFI. Elle ne s'adressera pas seulement aux imams, mais aussi aux journalistes, aux étudiants, etc. Un accord des recteurs d'université a été obtenu pour l'organisation conjointe de cette chaire et le programme de cours, pour être reconnu par l'ARES, sera valorisé à dix crédits, soit 90 heures de cours. La proposition du contenu de cette chaire a été envoyée à 40 chercheurs externes et au comité scientifique de l'IPFI. Le contenu des cours devrait être fixé dans les prochains mois. Les cours débuteront en septembre 2020 ou en janvier 2021.

Enfin, l'IPFI travaille également à la création d'un bachelier en sciences religieuses et sociales, ainsi qu'à un master en théologie musulmane.

Je demanderai à l'ARES d'entamer une réflexion: comme vous le savez, un moratoire sur les nouvelles habilitations est actuellement en vigueur. Il faudra obtenir une exception au moratoire afin de débloquer de nouvelles habilitations.

Le contexte particulier du dossier, notamment au regard des recommandations de la Commission parlementaire fédérale sur les attentats terroristes du 22 mars 2016, doit évidemment être pris en compte. L'une de ses recommandations a été de développer un islam cohérent avec les valeurs de la constitution belge. Pour ce faire, la commission pointait la nécessité de développer des cursus de formation pour les imams afin que ceux-ci aient une formation reconnue en Belgique dans une des deux langues nationales. L'intention était évidemment de mettre fin à toute ingérence possible de pays étrangers dans la formation d'imams exerçant dans les mosquées belges.

Mme Stéphanie Cortisse (MR).- Merci, Madame la Ministre, pour la complétude de vos réponses. Je suis heureuse d'entendre que ces projets sont en cours. Dans la droite lignée du présent sujet, j'interrogerai aussi votre collègue, Mme Désir, sur la formation et l'engagement des professeurs de confession islamique dans le secondaire. Je vous invite aussi à en parler directement avec elle.