Question sur la formation du personnel en IPPJ

Question orale de Mme Stéphanie Cortisse à Mme Valérie Glatigny, Ministre de l'Aide à la jeunesse, à propos du renforcement de la formation continue du personnel des institutions publiques de protection de la jeunesse (IPPJ).

Mme Stéphanie Cortisse (MR).- La Fédération Wallonie-Bruxelles est compétente pour l'aide à la jeunesse et gère à ce titre les IPPJ. À ce propos, la Déclaration de politique communautaire (DPC) précise que le gouvernement «renforcera la formation continue du personnel des IPPJ, notamment en ce qui concerne la détection des comportements liés à la radicalisation violente, aux assuétudes et au risque de suicide.»

Cet objectif est essentiel et j'y souscris pleinement, d'autant plus que je me rends compte lors de mes visites sur le terrain que le personnel des IPPJ dispose actuellement d'une formation bien étoffée, mais qu'il doit faire face à des cas complexes nécessitant parfois un outillage adapté.

Sans viser l'exhaustivité, je cite les problématiques telles que la radicalisation violente et leur détection, les délits sexuels, les mineurs étrangers non accompagnés (MENA) ou encore les analphabètes.

Madame la Ministre, pourriez-vous brosser dans les grandes lignes les pistes actuellement à l'étude pour renforcer la formation continue du personnel des IPPJ et, partant, maintenir le bon niveau d'expertise de ces professionnels de l'aide à la jeunesse ?

Mme Valérie Glatigny, ministre de l'Aide à la jeunesse.- Durant la législature précédente, le gouvernement a décidé d'opérer une réforme globale des projets éducatifs des IPPJ, en instaurant notamment la notion de continuum éducatif. Cette réforme, dont la mise en œuvre est prévue au 1er janvier 2021, prévoit que l'offre de prise en charge des jeunes en IPPJ sera répartie selon trois types d'unités: les unités de diagnostic, les unités d'éducation et les unités d'intermède.

Diverses formations ont été prévues afin d'outiller le personnel pour la mise en œuvre de ce continuum éducatif.

Un outil de diagnostic a été mis au point en collaboration avec l'Université de Liège (ULiège); il permettra de proposer au jeune l'orientation la plus adéquate. Une formation sur cet outil a été dispensée au personnel des futures unités de diagnostic ainsi qu'aux psychologues des équipes mobiles d'accompagnement, qui effectuent également une mission «diagnostic» en ambulatoire. Le suivi de cette formation et la supervision des équipes sont toujours en cours.

Une formation au suivi des plans d'intervention réalisés en unité de diagnostic a débuté. Ce plan d'intervention détermine les objectifs que le jeune se donne pour son projet de réinsertion.

En outre, une formation aux outils d'intervention, centrée sur les forces et les ressources des jeunes, est planifiée à partir d'avril 2020.

Enfin, concernant les unités d'intermède, un marché public relatif à une formation en gestion de conflits et processus de médiation sera lancé prochainement.

Parallèlement à ces formations qui accompagnent la réforme des projets éducatifs des IPPJ, d'autres priorités spécifiques à la prise en charge des jeunes en IPPJ ont également été déterminées pour l'ensemble du personnel et en concertation avec les correspondants en formation désignés au sein de chaque institution.

Trois modules obligatoires sont organisés: le premier, en psychologie de la délinquance juvénile, le deuxième, en gestion de l'agressivité verbale et physique, et le troisième, en gestion des sanctions et punitions.

D'autres formations thématiques, relatives par exemple aux abus sexuels ou encore aux assuétudes, sont régulièrement proposées aux membres du personnel des IPPJ et organisées en fonction des besoins.

À la demande du personnel, un nouveau groupe de formation sur la prévention du suicide a été créé à la fin de l'année 2019.

La problématique spécifique des MENA fait l'objet d'une réflexion continue au sein de mon administration. Celle-ci organise des journées de formation afin d'optimiser la prise en charge des MENA et des enfants de familles en migration, y compris celles en séjour irrégulier. La dernière journée de formation date du 21 octobre 2019 et portait sur le statut de l'enfant migrant, une occasion pour le personnel de recevoir des informations sur la thématique générale des MENA et sur le parcours du jeune en Belgique. Plusieurs membres du personnel des IPPJ suivent, chaque année, la formation de trois journées sur les MENA, organisée par l'association Jeunesse et Droit ASBL. Il convient de préciser que mon administration, en concertation avec celle de ma collègue chargée de l'Enseignement, étudie actuellement la possibilité de proposer aux formateurs engagés au sein des IPPJ l'accès à la formation au dispositif d'accueil et de scolarisation de primo-arrivants (DASPA) et à la formation au français langue étrangère (FLE).

Plusieurs formations relatives à la problématique du radicalisme ont déjà été organisées à l'attention de l'ensemble du personnel des IPPJ. Certains colloques, formations, ou journées d'étude ont été réalisés en collaboration avec le Centre de ressource et d'appui (CREA) du Réseau de prise en charge des extrémismes et des radicalismes violents. Mon administration, dans un objectif préventif et en collaboration avec le CREA, centre donc son action sur des formations et des animations liées à cette problématique.

Une formation destinée au personnel des IPPJ et portant sur la nouvelle réglementation reste à prévoir.

En plus des formations programmées, les agents ont la possibilité de demander des formations particulières, pour autant qu'elles soient liées à leur pratique. La formation des agents est un de leurs droits; elle garantit la qualité de la prise en charge des jeunes. Elle nécessite des moyens suffisants, qu'il serait probablement utile de renforcer, compte tenu des nécessités engendrées par l'application du décret du 18 janvier 2018 portant le Code de la prévention, de l'Aide à la jeunesse et de la protection de la Jeunesse et de ses arrêtés d'application. Le gouvernement étudiera cette question en temps voulu.

Je précise que les conseillers philosophiques des IPPJ ont accès à l'ensemble des formations offertes au personnel, en plus de celles organisées par leur autorité de tutelle.

Le statut administratif et pécuniaire particulier des conseillers philosophiques et religieux est abordé dans la réponse à une autre question de Mme Cortisse. La formation continuée permet d'outiller les intervenants des IPPJ de façon à ce qu'ils puissent faire face à la difficulté et à la complexité de leur métier. Elle contribue ainsi à la qualité de leur cadre de travail.

Mme Stéphanie Cortisse (MR).- Je partage les propos de ma collègue (Alda Gréoli, également intervenue sur le sujet) : les informations relatives aux nombreuses formations disponibles sont insuffisantes. Vous avez, Madame la Ministre, apporté des éclaircissements à propos de celles-ci, qui paraissent toutes pertinentes. Je partage votre volonté de garantir et de pérenniser une formation continue de qualité pour le personnel des IPPJ et je suivrai attentivement la création des nouvelles formations.