Question sur la lutte contre le racisme à l'école

Question orale de Mme Stéphanie Cortisse à Mme Caroline Désir, ministre de l'Éducation, sur les mesures au sein de l'enseignement obligatoire pour lutter contre le racisme.

Mme Stéphanie Cortisse (MR).- Les manifestations contre le racisme récemment organisées à Bruxelles ou à Liège ont replacé la lutte contre le racisme et les autres formes de discrimination au centre des préoccupations. Je ne voudrais pas entrer dans les polémiques liées à la tenue de ces manifestations, nonobstant les règles sanitaires.

D'après UNIA, le Centre interfédéral pour l'égalité des chances, les actes de racisme sont malheureusement en recrudescence dans notre pays, et ce, dans tous les secteurs de la société belge.

Lutter contre de tels comportements doit être une priorité, et ce, dès le plus jeune âge.

Le racisme n'est pas une opinion! C'est un délit sévèrement puni par la loi!

Il me paraît très important pour la Fédération Wallonie-Bruxelles d'évaluer ce qui est mis en œuvre à l'heure actuelle en matière de lutte contre le racisme et contre toute forme de discrimination, notamment au sein de l'enseignement obligatoire.

À ce titre, la Déclaration de politique communautaire (DPC) précise clairement que «le Gouvernement s'engage à lutter activement et de façon concertée contre toutes formes de discrimination», que «dans l'ensemble des compétences relevant de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le gouvernement œuvrera à lutter contre toutes formes de stéréotypes» et que «l'école est l'un des principaux endroits où les jeunes apprennent à cohabiter. Il s'agit donc d'un environnement essentiel où il est possible de déconstruire les stéréotypes et les préjugés et où il est utile de promouvoir une culture de tolérance et de respect mutuel, quelles que soient l'orientation sexuelle ou l'identité et l'expression de genre de la personne, son origine, sa santé, son éventuel handicap, etc.».

Il est encore précisé que «l'école doit être un lieu de vie et d'activité, ouvert et participatif. Le gouvernement s'engage à sensibiliser les élèves dès le plus jeune âge à la lutte contre le racisme et toute autre forme de discrimination (genre, orientation sexuelle, origine ou handicap)».

À cet égard, Madame la Ministre, à l'occasion d'une question orale concernant l'écriture inclusive qui vous a été posée en décembre dernier, vous en aviez profité pour déclarer que «la sensibilisation des élèves, dès leur plus jeune âge, à la lutte contre le racisme, à l'histoire des migrations, des mouvements féministes et des Lesbian, Gay, Bisexual, Transgender, Queer and Intersex (LGBTQI+) doit également faire partie intégrante des cursus scolaires. (...) En tant que ministre de l'Éducation, je serai particulièrement attentive à cette dimension».

L'article 6 du décret du 24 juillet 1997 définissant les missions prioritaires de l'enseignement fondamental et de l'enseignement secondaire et organisant les structures propres à les atteindre, dit le décret «Missions», prévoit que «la Communauté française, pour l'enseignement qu'elle organise, et tout pouvoir organisateur, pour l'enseignement subventionné, remplissent simultanément et sans hiérarchie les missions prioritaires suivantes (...) «préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d'une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures; assurer à tous les élèves des chances égales d'émancipation sociale».

Lors de la dernière séance plénière de ce 10 juin, vous avez déjà eu l'occasion de vous étendre sur une des nombreuses mesures qui doivent être mises en place: l'intégration de l'histoire de la colonisation du Congo dans les nouveaux référentiels du tronc commun, en cours de finalisation.

Madame la Ministre, pouvez-vous me dresser un état des lieux quant aux dispositifs actuellement mis en place pour lutter contre le racisme dans le cadre de l'enseignement obligatoire?

Le gouvernement a-t-il mené des discussions pour instaurer de nouvelles mesures en la matière, dans le but de rencontrer les nombreux objectifs que fixe la DPC et que je viens de rappeler? Si oui, pouvez-vous préciser quelles décisions ont déjà été prises et quelles sont celles en cours de discussion? Et enfin, quelles décisions seront rendues obligatoires dans toutes les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles?

Mme Caroline Désir, ministre de l'Éducation.- Mesdames et Messieurs les Députés, je vous remercie pour vos questions qui traduisent votre intérêt pour la vitalité de la démocratie.

La tolérance et la multiculturalité sont au cœur d'un des objectifs prioritaires de l'école: apporter aux élèves la capacité de se déployer à la fois comme personnes, comme citoyens, comme sujets de droits et de devoirs, libres, responsables, solidaires, autonomes, insérés dans la société, capables d'esprit critique et de questionnements philosophiques.

Le cours d'éducation à la philosophie et la citoyenneté (EPC) aborde ces thématiques sous l'angle du respect des différences et de la tolérance dès le plus jeune âge.

Par ailleurs, plusieurs appels à projets relatifs à la démocratie scolaire et aux activités citoyennes existent depuis quelques années. Concrètement, les opérateurs extérieurs sont invités dans les établissements scolaires à présenter leurs initiatives tous niveaux confondus. Parmi les domaines abordés figurent le dialogue interculturel, l'histoire des migrations et la lutte contre le racisme.

De nombreuses formations sur ces thématiques destinées aux enseignants sont d'ores et déjà organisées à l'Institut de la formation en cours de carrière (IFC). Elles visent à renforcer la conscientisation de l'existence des stéréotypes et des préjugés, racines de la ségrégation et de la discrimination.

De plus, la Cellule démocratie ou barbarie (Cellule Dob) du ministère de la Fédération Wallonie-Bruxelles vient en aide aux écoles sur de tels enjeux. Elle sensibilise les professeurs et les élèves à l'éducation citoyenne au travers du respect mutuel, de l'égalité des droits et de l'engagement pour un monde plus pacifique, plus juste et plus solidaire. En outre, elle organise des formations, diffuse des dossiers pédagogiques et fournit des documents de référence aux enseignants.

Plusieurs outils de prévention contre le harcèlement et la prévention des discriminations sont bel et bien mis à disposition des établissements scolaires, mais leur utilisation relève de leur liberté pédagogique.

En ce qui concerne les référentiels de compétences initiales pour l'enseignement maternel, le mot «harcèlement» n'y figure pas tel quel, mais certains éléments de base liés à l'enfant et son bien-être, à l'estime de soi, s'y retrouvent dans plusieurs parties. La section «Se connaître et s'ouvrir à l'autre» en première année maternelle aborde par exemple la notion de la reconnaissance de l'autre comme égal, avec une initiation à la différence, notamment au handicap, à la couleur de peau, au respect des limites de l'autre, etc. En deuxième année maternelle, le chapitre portant sur l'autonomie affective fait état des objectifs tels qu'amener l'enfant à s'affirmer sans avoir systématiquement recours à l'approbation de l'autre, pouvoir exprimer ses émotions, ses craintes et ses peurs. Il s'agit d'un apprentissage progressif, mais ces éléments constituent le début de l'apprentissage et de la prévention contre le harcèlement.

Un appel à projets visant à lutter contre le harcèlement et le cyberharcèlement sera soumis au gouvernement la semaine prochaine. Il est un petit peu tôt pour vous en parler. Cet appel à projets s'adresse aux maternelles, primaires et secondaires. Il touchera tant la formation et la médiation par les pairs que la prévention et la prise en charge du harcèlement et la sensibilisation. Il me semblait aussi important d'inscrire dans cet appel à projets la mobilisation des élèves eux-mêmes dans la lutte contre le harcèlement et le cyberharcèlement. Nous allons dès lors permettre aux écoles de répondre à des projets qui sont initiés et portés par des élèves eux-mêmes.

(...) Il y a d'autres projets, comme les cercles de parole ou les projets BALE (bienveillance à l'école), qui contribuent à ces objectifs de manière plus indirecte sans être ciblés sur le harcèlement et le cyberharcèlement.

(...) Je suis très préoccupée par l'écart des performances entre les élèves issus de la migration et les autres. Ces écarts de performance sont mis en évidence systématiquement par les enquêtes PISA ; ils ont été relevés à juste titre par le professeur Dirk Jacobs. S'ils se réduisent graduellement, il s'agit néanmoins d'un travail de longue haleine qui ne peut pas trouver son aboutissement du jour au lendemain. L'encadrement différencié est déjà un dispositif destiné à amener des moyens dans les écoles et les centres psycho-médico-sociaux (PMS) là où ils sont nécessaires et là où sévit l'insidieuse discrimination économique et sociale.

Nous devons garder cet élément à l'esprit dans l'ensemble de la réforme de notre système scolaire qui est entreprise avec le Pacte pour un enseignement d'excellence. Le Pacte, dans son essence même, vise à réduire les inégalités entre les élèves. Ce sont ces inégalités qui sont pointées dans l'enquête PISA.

Je ne reviendrai pas sur l'ensemble des chantiers qui doivent contribuer à cet objectif: du renforcement de l'encadrement en maternelle jusqu'à la réforme de l'orientation en passant par l'accompagnement personnalisé. C'est une réforme systémique: nous ne pouvons pas travailler sur l'un de ces chantiers séparément des autres.

La réforme de la formation initiale apportera, elle aussi, un éclairage en la matière aux futurs enseignants. Je suis persuadée qu'il faut aussi que ces derniers aient conscience de la différence significative des résultats entre les enfants, issus de l'immigration ou non, venant de milieux défavorisés ou non, afin qu'ils modifient leur représentation en la matière.

Concernant les nouveaux référentiels du tronc commun, une place sera spécifiquement accordée aux questions du racisme, de la discrimination et des stéréotypes. J'aurai l'occasion d'y revenir plus en détail lors de ma réponse à une prochaine question sur la décolonisation.

Comme je l'ai indiqué lors d'une précédente commission, je suis sensible à l'inclusion et l'égalité des chances à l'école. Je compte mandater mes services pour instaurer un groupe de travail sur ce sujet. Ce dernier pourrait formuler des propositions concrètes en vue d'outiller les équipes éducatives et leur fournir des clés d'analyse pour braver les stéréotypes et préjugés, et ce, en concertation avec mon collègue, M. Daerden, qui est chargé de l'Égalité des chances.

Mme Stéphanie Cortisse (MR).- Je suis satisfaite puisque toutes mes questions ont obtenu une réponse. Elles portaient sur l'état des lieux et les mesures instaurées dans ce contexte.

Vous avez parlé d'un important appel à projets sur la lutte contre le harcèlement et le cyberharcèlement. Je ne manquerai pas de suivre ces beaux projets.

Le combat contre le racisme et les discriminations fait depuis longtemps partie des priorités de la Fédération Wallonie-Bruxelles; il est clairement repris dans la Déclaration de politique communautaire (DPC).

À la lumière des événements récents et du rapport annuel 2019 publié hier par UNIA, il est capital que le gouvernement réaffirme sa détermination à lutter contre le racisme et toute autre forme de discrimination.

À cet égard, l'école doit constituer dès le plus jeune âge un des premiers vecteurs de diffusion des valeurs universelles d'égalité et de non-discrimination. Le racisme doit être combattu sans relâche.

Nous nous devons d'être toujours plus actifs dans cette lutte qui nous concerne toutes et tous et améliore le vivre-ensemble dans une société interculturelle.

Je suivrai avec attention ces nombreux projets.