Question sur la réforme du chômage et l'Enseignement pour Adultes

12/01/2026

Question orale de Mme Stéphanie Cortisse, Députée, à Mme Valérie Glatigny, Ministre de l'Enseignement pour Adultes, à propos de la réforme du chômage et de l'Enseignement pour Adultes

Mme Stéphanie Cortisse (MR). – Depuis le 1er janvier 2026, la réforme du chômage, votée au niveau fédéral, est entrée en vigueur et se déploiera en différentes vagues au cours de cette année.

Il était temps de mettre fin à un système unique au monde qui permettait de faire du chômage un choix de carrière. La limitation des allocations de chômage à deux ans n'est pas une mesure punitive, mais un levier de dynamisation du marché du travail. Elle permet de garantir une protection sociale forte et soutenable, tout en encourageant l'insertion professionnelle. Dans un pays où trop d'emplois restent vacants et où le chômage de longue durée est un fléau, il était temps d'adopter une approche pragmatique et responsable. Cette réforme est un investissement dans l'avenir de notre modèle social et un choix assumé pour une société du travail, de la responsabilité et de la solidarité. Notre marché de l'emploi souffre d'un paradoxe: 320 000 demandeurs d'emploi inoccupés coexistent avec 170 000 postes vacants. Cette inadéquation entre l'offre et la demande doit être corrigée. Une allocation qui diminue progressivement, combinée à un accompagnement renforcé vers l'emploi, est un levier puissant pour réduire le chômage structurel.

Si les Régions ont un rôle essentiel à jouer dans la remise à l'emploi et la formation professionnelle, il en va évidemment de même pour l'Enseignement pour Adultes en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Madame la Ministre, pourriez-vous nous exposer de quelle manière l'Enseignement pour Adultes s'adapte à cette réforme du chômage ? Comment s'assurer qu'il puisse jouer pleinement son rôle dans la formation professionnelle des chercheurs d'emploi ?

Mme Valérie Glatigny, Ministre de l'Enseignement pour Adultes. – Madame la Députée, la réforme de l'assurance chômage, entrée en vigueur le 1er janvier dernier, est, comme vous l'avez rappelé, un levier important de dynamisation du marché du travail et de lutte contre le chômage de longue durée. Cette réforme implique toutefois une adaptation coordonnée de tous les acteurs de l'enseignement, de la formation et de l'insertion socioprofessionnelle, parmi lesquels l'Enseignement pour Adultes occupe une place centrale.

Les impacts potentiels de la réforme du chômage sur l'Enseignement pour Adultes et, plus largement, sur l'Enseignement, ont fait l'objet d'échanges réguliers avec le secteur. À l'initiative du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, des rencontres ont également eu lieu avec le Cabinet du Ministre Clerfayt. La question a été évoquée à plusieurs reprises par les instances de concertation intergouvernementale, notamment en conférence interministérielle (CIM) emploi.

L'Enseignement pour Adultes attire chaque année un public significatif de chercheurs d'emploi, de bénéficiaires du CPAS ou de la mutuelle représentant, environ, 20 % à 22 % de ses apprenants, soit près de 30.000 personnes par an. Ces publics sont majoritairement engagés dans des formations qualifiantes ou diplômantes, souvent longues et exigeantes, directement en lien avec des métiers en pénurie ou en tension. Les taux d'accrochage et de réussite témoignent de la pertinence et de l'efficacité de ces parcours dans une perspective de remise à l'emploi durable.

Dans ce contexte, l'entrée en vigueur de la réforme du chômage ainsi que l'évolution des mécanismes de prolongation des droits et du gel de la dégressivité lors de reprise d'études sont un changement majeur, en particulier pour les cursus diplômants longs.

Notre priorité est d'agir de manière responsable et constructive sur les leviers qui relèvent des compétences de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour permettre à l'Enseignement pour Adultes de continuer à jouer pleinement son rôle dans l'insertion socioprofessionnelle par une montée en compétence des chercheurs d'emploi, sans remettre en cause l'esprit ni les objectifs de la réforme fédérale. Nous pouvons évidemment jouer sur les atouts de l'Enseignement pour Adultes, par exemple sur sa modularité et sa capacité de poursuite de formations, même quand l'apprenant travaille.

Un groupe de travail spécifique associant les acteurs de l'Enseignement pour Adultes et des représentants du Gouvernement fédéral s'est réuni le 8 janvier dernier pour identifier des pistes d'adaptation des parcours, sans dégrader ni les qualités ni les ambitions de ce type de formations. Plusieurs axes structurent l'étude. Il s'agit, par exemple, d'assouplir l'organisation des horaires des formations en facilitant, lorsque c'est pertinent et soutenable, le basculement de certaines formations ou d'unités d'enseignement vers des régimes du soir. Des formules hybrides sont également explorées. Elles combinent une première phase intensive visant l'accrochage ainsi que l'acquisition des bases, suivie de la poursuite du cursus en cours du soir et à distance, selon des modalités pédagogiques qui sont adaptées aux adultes. Le renforcement des logiques d'alternance et des partenariats avec les secteurs professionnels est essentiel pour mieux articuler formation, expérience professionnelle et sécurisation progressive des parcours. Le développement de sorties intermédiaires valorisables sur le marché du travail par des dispositifs de microcertifications, la valorisation renforcée des acquis formels et informels, ainsi que l'exploration de certifications organisées sur des formats plus courts, font aussi partie des pistes envisagées.

Évidemment, notre objectif est bien de préserver l'attractivité de ces parcours de formation dans l'Enseignement pour Adultes en permettant une insertion professionnelle. Ces travaux s'inscrivent dans un dialogue étroit avec les autres niveaux de pouvoir et les acteurs de l'emploi.

Un groupe de travail élargi au niveau du Gouvernement fédéral et au monde de la formation professionnelle, notamment en Région wallonne, assurera une meilleure articulation des politiques d'enseignement et de formation pour adultes et ainsi éviter des effets contradictoires avec les objectifs de remise à l'emploi durable et de réponses aux pénuries de compétences.

Bien entendu, la priorité est l'activation des leviers propres à l'Enseignement pour Adultes. Sa situation fera l'objet d'un suivi. Les autres entités concernées seront régulièrement approvisionnées d'éléments factuels relatifs aux évolutions extraites de la pratique et aux points d'attention pour garantir une lecture identique des incidences de la réforme.

Le Gouvernement fera preuve de la plus grande vigilance pour suivre l'évolution de la situation, tout en visant à préserver une offre d'Enseignement pour Adulte ambitieuse, adaptée aux réalités du travail et qui tend vers l'objectif d'une insertion socioprofessionnelle durable partagée par le pouvoir fédéral, la Région wallonne, la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Région de Bruxelles-Capitale.

Mme Stéphanie Cortisse (MR). – Madame la Ministre, je ne manquerai pas de suivre les mesures dégagées par le groupe de travail. L'Enseignement pour Adultes est très modulaire et cela lui permet de s'adapter rapidement et facilement, bien qu'une préparation soit nécessaire pour le corps enseignant. Un tel accompagnement est prévu et vous êtes en discussion avec les autres niveaux de pouvoir à ce sujet.

C'est l'occasion, à nouveau, de valoriser l'Enseignement pour Adultes. C'est d'ailleurs ce que vous proposez depuis le début de votre mandat, bien que certains membres de l'opposition insinuent que cet enseignement pour adultes est un bagne pour les élèves, pourtant adultes, qui y sont redirigés. Hormis ces propos négatifs et récurrents de l'opposition, votre discours prévaut et promeut une valorisation de l'Enseignement pour Adultes. Elle se traduit notamment par un changement de nom, par les mesures que vous portez et que vous venez d'énumérer. Cet enseignement a une bien plus belle image qu'auparavant et les mérites vous en reviennent majoritairement. Je vous en remercie et je ne manquerai pas de suivre les travaux capitaux relatifs à la réforme du chômage.