Question sur la revalorisation du métier d'enseignant

Question de Mme Stéphanie Cortisse à Mme Caroline Désir, Ministre de l'Éducation, sur la «Dévalorisation du métier d'enseignant».

Mme Stéphanie Cortisse (MR).- Madame la Ministre, ma question aurait été plus positive si je l'avais intitulée «Nécessité de revaloriser le métier d'enseignant».

Régulièrement, les enseignants se plaignent de l'image dévalorisée dont ils font l'objet. Parmi les motifs d'insatisfaction, on retrouve une liste non exhaustive dressée par une professeure de français en Région bruxelloise, plutôt révélatrice du mécontentement des enseignants au sein de notre Fédération Wallonie-Bruxelles.

Je les cite: «Une transition lente et progressive au fur et à mesure des années du statut de «maître» à celui d'«enseignant»; un taux d'absentéisme en hausse souvent dû à des certificats médicaux en hausse eux aussi; une recrudescence de l'arrogance chez l'enfant ou l'adolescent, prétendant tout savoir face à l'adulte; la défense coûte que coûte des enfants par leurs parents contre des incivilités scolaires diverses; un manque de soutien de la part des directions, trop largement préoccupées par l'application de circulaires et autres consignes émanant de la Fédération Wallonie-Bruxelles ou d'autres acteurs relativement éloignés du terrain; les mouvements qui prônent l'unschooling ou le homeschooling affaiblissent encore un peu plus la légitimité du professeur».

En résumé, les valeurs qui ont poussé et poussent toujours des individus vers la vocation d'enseignant et vers l'art noble qu'est la transmission du savoir seraient aujourd'hui malmenées selon certains enseignants.

Dans la Déclaration de politique communautaire (DPC), votre gouvernement entend notamment consacrer une réflexion globale à l'attractivité de la carrière d'enseignant, sur la manière d'améliorer les conditions de travail, les barèmes, le tutorat. Y figure également une phrase importante: «Revaloriser l'image du métier d'enseignant et établir avec tous les acteurs un vrai plan structurel de revalorisation des métiers de l'enseignement». La DPC recense les priorités du gouvernement durant toute la législature, mais ne donne finalement que peu d'indications sur la revalorisation en tant que telle du métier d'enseignant par rapport à l'image de l'enseignant et à sa relation avec les élèves qui est de plus en plus difficile.

Madame la Ministre, quelle est votre position sur le sujet? La Fédération Wallonie-Bruxelles et vos services reçoivent-ils de tels témoignages de la part d'acteurs de terrain? Si oui, quelle réponse leur fournissez-vous? Quelles solutions envisagez-vous pour améliorer la situation? Quel équilibre préconisez-vous au regard de témoignages d'élèves ou de parents d'élèves qui, de leur côté, s'estiment parfois victimes d'injustice ou d'abus d'autorité de la part du corps enseignant?

Mme Caroline Désir, ministre de l'Éducation.- Madame la Députée, je préfère effectivement la notion de revalorisation du métier d'enseignant! Tout comme dans d'autres systèmes scolaires, cette problématique se manifeste notamment par des phénomènes de pénurie et des difficultés de recrutement, mais elle est en fait beaucoup plus complexe.

Sans me lancer dans une étude historique et sociologique, il est clair que ce changement a débuté il y a bien des années. Il peut être mis en relation avec la démocratisation et la massification progressive des études supérieures. Là où le métier d'enseignant était considéré comme une voie directe d'élévation sociale et de stabilité professionnelle, d'autres filières sont venues concurrencer le choix de la carrière d'enseignant. Cela se marque notamment par le fait que les filières pédagogiques sont moins souvent un premier choix pour les étudiantes et les étudiants. Cela pourrait aussi être lié à la dégradation relative, surtout par rapport à d'autres métiers, des conditions d'emploi, de salaire, de charge de travail, de flexibilité des horaires, de pension et des possibilités de carrière. Je voudrais ajouter un petit mot sur les conditions d'entrée dans le métier. Nous connaissons les difficultés pour les jeunes enseignants de s'y stabiliser.

Le gouvernement entend bien intensifier ses efforts pour revaloriser l'image du métier d'enseignant, mais aussi améliorer concrètement les possibilités de carrière. Au risque de vous étonner, Madame la Députée, les témoignages que nous recevons des acteurs de terrain, même si quelques-uns sont relatifs à des situations ponctuelles complexes, sont en général plutôt des messages porteurs d'optimisme. Les enseignants restent des professionnels terriblement passionnés, même si les difficultés sont bien réelles. C'est ce qui me frappe le plus, quelles que soient les écoles que je visite. Voilà quand même une petite lueur d'espoir!

Quant aux questions relatives aux rapports avec les parents et à leur implication croissante, voire débordante dans certains cas, elles illustrent évidemment la difficulté persistance à envisager les parents comme des acteurs à part entière de l'éducation, mais aussi du parcours scolaire de leur enfant. Longtemps, les parents ont été en quelque sorte un corps étranger au monde de l'école et l'idée qu'ils soient partenaires du parcours scolaire est finalement assez récente.

Les situations varient beaucoup d'une école à l'autre et d'une équipe pédagogique à l'autre, mais il est reconnu que tous les projets qui intègrent les parents sont généralement bénéfiques pour toutes et tous, même si cela ne va pas sans difficultés et sans ajustements, et dans le respect du rôle des enseignants. La coéducation est riche de potentialités.

J'en profite pour faire une petite parenthèse et dire que j'ai rencontré, à l'initiative du mouvement ChanGements pour l'égalité (CGé), des parents issus de milieux populaires et d'origine modeste. Ils sont porteurs d'un message fort en soulignant à quel point ils ont besoin d'être des interlocuteurs et des partenaires des enseignants dans l'éducation de leurs enfants.

C'est un sujet sur lequel il va falloir insister, tant dans la formation initiale des enseignants -qui relève des compétences de Mme Glatigny- que dans le Pacte pour un enseignement d'excellence et la formation continue.

L'équilibre ne peut évidemment pas se décréter. Il se crée jour après jour, étant la résultante des échanges avec les parents et au sein de l'équipe pédagogique. Le Pacte pour un enseignement d'excellence insiste particulièrement sur ces dynamiques collectives et partagées. Les mettre en œuvre et les porter sur le long terme est un effort constant, mais je suis persuadée que le jeu en vaut la chandelle.

Mme Stéphanie Cortisse (MR).- Madame la Ministre, votre réponse est plutôt rassurante, notamment par rapport au ressenti des professeurs que vous rencontrez, et vous en rencontrez évidemment plus que moi.

Je vous ai interrogée sur le sentiment de dévalorisation des enseignants, mais il convient également de tenir compte du ressenti des élèves. C'est une problématique à double sens. Nous avons parlé des parents d'élèves, mais l'avis des élèves eux-mêmes est également important.

Il ressort en effet d'un rapport récent de l'administration, basé sur l'enquête internationale TALIS (Teaching and Learning International Survey) 2018 et les questionnaires qui accompagnent les enquêtes du Programme international pour le suivi des acquis (PISA), que, parmi les élèves de 15 ans, 44% considèrent que leurs professeurs les notent plus sévèrement que les autres, 46% ont déjà eu l'impression que leurs professeurs les considéraient comme moins intelligents qu'ils ne le sont et 75% considèrent que leurs professeurs sont réellement à l'écoute de ce qu'ils ont à dire.

Si nous voulons améliorer les relations entre professeurs, élèves et parents d'élèves, il faut évidemment faire des progrès dans les deux sens. Je dirais même dans les trois sens. Car la cohabitation et la relation de confiance entre ces différents acteurs sont des conditions sine qua non pour assurer un enseignement de qualité dans nos écoles.

Je resterai attentive aux suites réservées à ce dossier.