Question sur les liens entre seniors et élèves

Question de Mme Stéphanie Cortisse à Mme Caroline Désir, Ministre de l'Éducation, intitulée «Intégration des seniors dans les politiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en particulier au sein de l'enseignement obligatoire»

Mme Stéphanie Cortisse (MR).- La crise sanitaire a fait de nombreuses victimes parmi nos aînés. En outre, elle a également mis en exergue l'isolement des personnes âgées et l'urgence de réaliser des efforts pour mieux inclure les seniors dans la société et améliorer leur qualité de vie, qu'ils vivent en maison de repos ou non.

Le vieillissement de la population est tel qu'environ un quart de la population belge sera âgé de 65 ans ou plus à l'horizon 2050.

Bien qu'étant compétente pour les matières personnalisables, la Fédération Wallonie-Bruxelles a vu la majeure partie de ses compétences en matière d'aide aux personnes, et en particulier la politique du troisième âge, transférée à la Région wallonne et à la Commission communautaire française (COCOF) par le décret du 19 juillet 1993 attribuant l'exercice de certaines compétences de la Communauté française à la Région wallonne et à la Commission communautaire française.

Si cette régionalisation des compétences empêche, depuis lors, la Fédération de légiférer directement sur les matières concernant l'aide aux personnes âgées, cela ne l'empêche pas d'inclure les seniors dans l'ensemble de ses politiques.

Ma présente question parlementaire, tout comme celles que je poserai à vos collègues du gouvernement dans leurs matières respectives, a pour but de tendre vers une inclusion maximale des seniors qui le souhaitent dans l'exercice des compétences de la Fédération.

La Déclaration de politique communautaire (DPC) rappelle que «la Fédération Wallonie-Bruxelles est un trait d'union essentiel entre les citoyennes et citoyens francophones de notre pays. Elle les rassemble dans une même appartenance et elle les inscrit dans une même dynamique culturelle. Elle est aussi au cœur des défis auxquels ils font face. Chargée de les former, de les instruire et de leur fournir les outils de l'émancipation, elle les accompagne tout au long de leur vie».

La DPC poursuit en insistant sur «l'union et la solidarité entre tous les francophones» et affirme la volonté du gouvernement de «renforcer les synergies entre les départements de la Fédération Wallonie-Bruxelles via des projets de partenariat» et de «favoriser les projets intergénérationnels dans tous les secteurs». Ce dernier point est important pour notre Commission.

En ce qui concerne plus précisément l'enseignement obligatoire, la DPC prévoit qu'il est nécessaire de «proposer, durant toute la scolarité et au sein ou au départ des écoles, des activités extrascolaires diversifiées à haute valeur pédagogique, accessibles à tous les enfants».

L'article 6 du décret du 24 juillet 1997 définissant les missions prioritaires de l'enseignement fondamental et de l'enseignement secondaire et organisant les structures propres à les atteindre (décret «Missions») que «la Communauté française, pour l'enseignement qu'elle organise, et tout pouvoir organisateur, pour l'enseignement subventionné, remplissent simultanément et sans hiérarchie les missions prioritaires» dont celle d'«amener tous les élèves à s'approprier des savoirs et à acquérir des compétences qui les rendent aptes à apprendre toute leur vie et à prendre une place active dans la vie économique, sociale et culturelle» ou encore de «préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d'une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures».

L'article 8 du même décret précise que «pour remplir les missions prioritaires (...), les savoirs et les savoir-faire, qu'ils soient construits par les élèves eux-mêmes ou qu'ils soient transmis, sont placés dans la perspective de l'acquisition de compétences. Celles-ci s'acquièrent tant dans les cours que dans les autres activités éducatives et, de manière générale, dans l'organisation de la vie quotidienne à l'école».

L'avis n°3 du Groupe central du Pacte pour un enseignement d'excellence précise que «progressivement, dans ses textes (depuis le décret «Missions», dans certains de ses dispositifs) comme dans ses pratiques, l'école a été amenée à redéfinir son périmètre, en développant des activités extrascolaires, (...) en nouant des partenariats avec des acteurs d'autres secteurs (sportif, culturel, de l'aide à la jeunesse, des écoles de devoirs, ...). Elle a également de manière croissante mis en place de nouvelles modalités de participation des élèves et des parents. Elle se soucie de la qualité du vivre-ensemble et du «climat scolaire», en développant des projets et des espaces de citoyenneté, (...) en ayant des organisations originales de la journée de cours. Ces initiatives et ces projets, souvent remarquables, mais insuffisamment reconnus, se fondent sur des dynamiques locales et des projets d'établissement. Il s'agit à présent de les inscrire dans une dynamique structurelle d'évolution du modèle de référence de la forme scolaire pour le rendre mieux adapté aux besoins et aux attentes sociétales ainsi qu'à l'hétérogénéité des enfants et des jeunes».

J'estime que l'école est le lieu par excellence où développer des projets intergénérationnels dès le plus jeune âge. La Fédération Wallonie-Bruxelles doit encourager, dans le respect de la liberté pédagogique des établissements, les initiatives de chaque école.

Je vous cite quelques exemples d'actions: la prise de repas de midi dans des maisons de repos à proximité des écoles, l'organisation de spectacles ou d'activités, les ateliers de découverte et de détente, le prêt de locaux scolaires pour des projets destinés à des personnes âgées, des activités de lecture en classe avec l'aide de personnes âgées, des recueils de témoignages ou de récits de vie, un travail mémoriel sur différentes thématiques, comme la mémoire, le droit des femmes ou les dialectes.

Toutes ces initiatives ont pour objectif d'assurer des échanges intergénérationnels réguliers au sein même de l'enseignement obligatoire.

Par ailleurs, la journée internationale des personnes âgées est célébrée chaque année le 1er octobre. Elle pourrait être un jour symbolique durant l'année scolaire, lors duquel des classes se rendraient dans les maisons de repos à la rencontre de seniors, ou l'inverse.

Ces relations intergénérationnelles ne pourraient être que bénéfiques pour les jeunes.

Madame la Ministre, pouvez-vous dresser un état des lieux des mesures visant à intégrer les seniors dans l'enseignement obligatoire? Est-il envisageable d'encourager et d'intensifier les initiatives précitées organisées par les écoles? D'autres mesures seront-elles prochainement à l'ordre du jour afin de renforcer les interactions entre les élèves et les seniors et de créer des ponts entre les générations dans l'intérêt de tous?

Votre administration se concerte-t-elle avec la Commission des seniors de la Fédération Wallonie-Bruxelles, instituée par le décret du 26 mai 2011 instaurant la Commission des Seniors de la Communauté française? Cet organe fort méconnu est chargé d'émettre des avis, soit d'initiative, soit à la demande du Gouvernement ou de l'un de ses membres ou du Parlement, notamment dans le cadre du processus d'adoption des projets et propositions de décret, sur toutes les matières relevant des compétences de la Communauté française qui présentent un lien avec les intérêts des seniors et leur participation active à la société.

Mme Caroline Désir, Ministre de l'Éducation.- L'âge n'enferme plus aujourd'hui les individus dans des catégories figées. S'intéresser à l'activité des seniors, c'est abattre les frontières de l'âge et décloisonner les modes de pensée stéréotypés. L'image trop souvent donnée des seniors est encore celle de la dépendance. Or, ce phénomène ne concerne qu'une infime partie de nos aînés, en particulier les plus âgés. De plus en plus de personnes âgées restent actives au quotidien, à travers le bénévolat ou sous d'autres formes. Les seniors deviennent des pivots et des acteurs de renforcement du lien social.

Les projets intergénérationnels dans les écoles sont multiples. Ils contribuent aux apprentissages des élèves et enrichissent la vie de l'école. Grâce à la transmission du savoir-faire et de la mémoire par le biais de rencontres conviviales, ces projets participent au bien-être à l'école et au vivre-ensemble.

Il est essentiel de respecter l'autonomie des méthodes propres aux enseignants, aux équipes éducatives et aux fédérations de pouvoirs organisateurs. Plusieurs types d'activités ont cours de manière régulière dans les écoles: des seniors participent à des ateliers de lecture pour écouter et corriger les enfants ou discuter avec eux d'un ouvrage; des personnes âgées sont invitées à témoigner dans les cours d'histoire; des élèves se rendent également dans des maisons de repos à la rencontre de leurs aînés.

L'apport des seniors aux apprentissages est déjà largement possible dans le cadre de nos politiques actuelles et pratiqué par de très nombreux établissements. Je continuerai à encourager ce type d'échange dans le respect de la liberté pédagogique des établissements.

Mme Stéphanie Cortisse (MR).- L'inclusion du troisième âge au sein des politiques menées par la Fédération Wallonie-Bruxelles représente à mon sens un enjeu de population majeur. Impossible de faire l'impasse sur l'adoption de politiques ambitieuses incluant toutes les catégories d'âge.

La Fédération Wallonie-Bruxelles doit être davantage à l'écoute des besoins des personnes âgées, plus fréquemment sujettes à l'isolement que d'autres catégories de la population. L'article 25 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne précise que l'Union reconnaît et respecte le droit des personnes âgées à mener une vie digne et indépendante et à participer à la vie sociale et culturelle.

L'école a un rôle à jouer en ce sens. À mon sens, le renforcement du lien intergénérationnel doit être un vecteur des politiques communautaires et la Fédération Wallonie-Bruxelles doit mieux prendre en compte les personnes âgées dans l'exercice de ses compétences.

La concrétisation de projets intergénérationnels au sein des écoles relève, bien entendu, de la liberté pédagogique des établissements scolaires. Encourager ces initiatives serait toutefois un signal fort.

Vous n'avez pas répondu à ma question sur la Commission des seniors. J'interrogerai à ce sujet la Ministre de l'Éducation permanente, Mme Linard, étant donné que la Commission des seniors relève de ses compétences. Mes questions ont le mérite de rappeler l'existence de cet organe qui est subventionné par la Fédération Wallonie-Bruxelles et qui reste, à tort, trop méconnu.