Question sur les préoccupations des Jeunes

Question écrite à Mme Valérie Glatigny, Ministre de l'Enseignement supérieur, de l'Enseignement de promotion sociale, des Hôpitaux universitaires, de l'Aide à la jeunesse, des Maisons de justice, de la Jeunesse, des Sports et de la Promotion de Bruxelles, sur les préoccupations des Jeunes.

Mme Stéphanie Cortisse (MR).- Madame la Ministre, le lundi 21 octobre 2019, lors de la journée « Jour J » au Palais des Congrès de Liège rassemblant l'ensemble des acteurs du Secteur de la Jeunesse, l'ASBL Action Médias Jeunes, dont la mission est l'éducation critique et réflexive face aux médias pour les jeunes, a présenté trois thèmes comme étant les grandes préoccupations de la Jeunesse.

Ces sujets sont l'écologie, la pauvreté et la crise migratoire et ont été établis sur base d'une étude rassemblant 200 jeunes interrogés. Des résultats intéressants mais auxquels il est difficile d'apporter un caractère représentatif vu le faible nombre de personnes ayant participé à cette enquête.

L'objet de ma question porte donc sur les informations dont vous disposez en la matière.

Madame la Ministre, avez-vous des chiffres plus étayés en la matière ? Votre administration possède-t-elle par tranches d'âges des informations plus probantes quant aux sujets de préoccupations des jeunes en Fédération Wallonie-Bruxelles. Dans l'affirmative, ceux-ci vont-ils façonner la politique du Gouvernement en matière de Jeunesse ?

Je vous remercie pour vos réponses.

Mme Valérie Glatigny, ministre de l'Enseignement supérieur, de l'Enseignement de promotion sociale, des Hôpitaux universitaires, de l'Aide à la jeunesse, des Maisons de justice, de la Jeunesse, des Sports et de la Promotion de Bruxelles.- Madame la Députée, comme vous l'indiquez dans votre question, l'enquête menée par l'asbl « Action Médias Jeunes » à l'occasion du « Jour J » visant à déterminer les préoccupations prioritaires des jeunes 15-35 ans n'avait pas vocation de recherche scientifique. Il s'agissait davantage d'un instantané. Celui-ci a cependant permis de constater que, tant pour les 15 ans que pour les 25 ou les 35 ans, des sujets tels que l'écologie et le climat, la pauvreté et les migrations revenaient systématiquement en tête des enjeux dont les jeunes ont le souci.

Pour répondre précisément à votre question, mon Administration ne possède pas comme telles, et par tranches d'âges, d'informations scientifiques au sujet des préoccupations des jeunes en Fédération Wallonie-Bruxelles. Ceci ne signifie pas que nous soyons sans ressource à ce sujet.

Ainsi, en 2016, l'enquête interactive « Génération quoi », initiée dès 2013 par la France, s'est déroulée dans 10 autres pays européens : l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, l'Espagne, l'Italie, l'Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Pays de Galles au Royaume-Uni et la République Tchèque. Au final, plus d'un million de jeunes européens ont participé à cette enquête, dont 30.640 belges de 15 à 34 ans.

Ce programme, auquel le Conseil de la Jeunesse de la Communauté Française (CJCF) a été partie prenante, s'est déroulé en trois temps:

  • un grand questionnaire en ligne dont l'objet était de sonder les aspirations, les espoirs et les craintes de cette génération ;
  • un portrait documentaire et statistique de la jeunesse belge francophone, constitué des témoignages de jeunes et enrichi en temps réel par les chiffres recueillis via le questionnaire ;
  • un portrait documentaire et statistique de la jeunesse européenne, constitué des témoignages croisés de jeunes de tous les pays participants complétait l'ensemble.


De cette vaste enquête (149 questions) où tous les sujets étaient traités (rapport au travail, à la famille, à l'environnement, l'éducation, la politique, la sexualité...) plusieurs éléments méritent l'attention. À la surprise des sociologues ayant analysé les résultats, il ressort d'abord que cette génération, qui vit clairement un sentiment de déclin de notre société et qui se dit « sacrifiée », montre cependant un réel engouement pour un engagement citoyen !

Si cette nécessité d'engagement est la part positive de l'enquête, à l'inverse, les jeunes éprouvent un sentiment de manque d'opportunités pour exprimer leurs compétences, leurs intérêts, leurs capacités, ... Ils estiment qu'ils ne sont pas maîtres de leur vie. Ils se sentent cassés dans leurs initiatives, dans leur vie.

Les institutions inspirent aussi très peu de confiance auprès des jeunes. Comme le politique qui n'a pas la cote.

Le travail reste très important pour cette génération. L'épanouissement de soi est une valeur fondamentale pour eux, et ce, pour tous les domaines que ce soit. L'épanouissement de soi au travail se dissout un peu dans une quête matérielle et dans la recherche d'un salaire honorable. Gagner de l'argent reste essentiel pour les jeunes. Beaucoup de jeunes ne sont pas contents de leurs conditions salariales. Pour l'heure, il vaut mieux avoir deux qualifications et parler plusieurs langues,... pour réussir.

Le couple reste par ailleurs très valorisé et traditionnel. L'engagement est une condition au bonheur. L'idée de fonder un foyer est présente chez 3/4 des jeunes. Et sur ceux-ci, 1/4 est prêt à envisager la potentialité d'un divorce. La fidélité reste indispensable pour leur couple. Enfin, l'idée de fonder une famille est très présente. 10% des jeunes seulement imaginent fonder une famille sans enfant. 5% imagine leur avenir seul. Le mariage par contre n'a plus la cote.

Toutes les données de cette enquête peuvent être retrouvées sur le site generation-quoi/rtbf.be.

Outre cette vaste enquête, la Fédération Wallonie-Bruxelles possède en son sein une structure ayant en particulier comme mission de « mener et promouvoir des initiatives de participation citoyenne des jeunes en vue de contribuer à l'élaboration d'une parole collective représentative de la diversité pour l'ensemble des jeunes de la Communauté française ». Il s'agit du nouveau Forum des Jeunes, anciennement appelé Conseil de la Jeunesse (CJCF). Si sa mission n'est pas à proprement parlé de réaliser des enquêtes sur les préoccupations des jeunes, son rôle est bien de réunir leurs paroles multiples et diverses sur toutes les matières qui les concernent et d'émettre ensuite des avis soit d'initiative, soit à la demande même du Gouvernement et du Parlement. Ces dernières années, le CJCF a ainsi remis des avis officiels sur les jeunes porteurs de changement par rapport au climat, la valorisation et la reconnaissance du volontariat, la nécessité d'une approche plurielle face aux visages de la radicalisation, ainsi qu'un plaidoyer pour une stratégie jeunesse en Fédération Wallonie-Bruxelles...

Par ailleurs, dans le cadre du lancement du nouveau Forum des Jeunes, un premier événement citoyen s'est tenu le samedi 16 novembre à Bruxelles. Intitulée « Contre-Courant », cette journée a rassemblé de nombreux jeunes autour de questions telles que: Qu'est-ce qui t'anime en tant que jeune ? Qu'est-ce qui t'interpelle ? Des thématiques telles que l'environnement, les technologies, les inégalités, la diversité, l'esprit critique, la participation citoyenne et les droits humains... y ont été abordées. Au final, leurs préoccupations prioritaires ont tourné autour de l'exclusion des jeunes, les préjugés et les inégalités de genres, la place qu'ils peuvent prendre comme travailleur avec les questions liées au chômage, la robotisation et les pensions. Une fois encore, ils ont marqué leur volonté de s'engager en faveur d'une amélioration réelle de la société, ceci tout en se considérant très démunis quant aux moyens pour y parvenir.

Il convient également de souligner que l'Observatoire de l'Enfance, de la Jeunesse et de l'Aide à la Jeunesse a également pour missions de faire connaître la situation des enfants et des jeunes. L'OEJAJ réalise des recherches et rédige régulièrement un état des lieux de l'Enfance et de la Jeunesse. Les publications et travaux de l'OEJAJ sont consultables sur le site : https://www.oejaj.cfwb.be.

Vous le voyez, Madame la Députée, nous ne manquons pas d'éléments pour construire une politique de Gouvernement en matière de Jeunesse.

Il convient également de souligner que la DPC prévoit la mise en place d'une conférence interministérielle et intergouvernementale consacrée à la jeunesse. Ceci afin de travailler à une vision transversale de la matière et répondre globalement à ses attentes et besoins.