Question sur les seniors et les médias

Question de Mme Stéphanie Cortisse à Mme Bénédicte Linard, Vice-Présidente du Gouvernement et Ministre des Médias, intitulée «Intégration des seniors dans les politiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles et en particulier en ce qui concerne l'accès à l'information et l'éducation aux médias»

Mme Stéphanie Cortisse (MR).- Le chapitre 7 de la Déclaration de politique communautaire (DPC) relatif à la lutte contre toute forme d'exclusion prévoit que «des dispositions doivent être prises pour éviter de creuser les inégalités dans l'accès à l'information»; «les nouvelles technologies seront au service des usagers de tous les services publics, pour garantir l'accès au droit, à la culture, aux médias, etc.».

J'estime qu'une attention particulière doit être portée à cet égard aux seniors.

Par ailleurs,le chapitre 12 de la DPC prévoit que le gouvernement s'engage à «développer la politique d'éducation aux médias et d'aide à la formation aux médias en partenariat avec diverses organisations en vue de renforcer l'esprit critique de tout un chacun, de lutter contre la désinformation et de combattre les fake news». Il est prévu à cet effet d'«évaluer et adapter le décret relatif à l'éducation aux médias», c'est-à-dire le décret du 5 juin 2008 portant création du Conseil supérieur de l'éducation aux médias (CSEM).

À mon sens, il est essentiel d'élargir cette initiative, qui est principalement tournée vers les jeunes, aux personnes âgées en vue de les préserver des dangers d'une mauvaise utilisation d'internet et des réseaux sociaux. En effet, selon une étude des universités de Princeton et de New-York, relayée par des articles des journaux «Le Soir» et «Le Figaro», les personnes âgées partageraient bien plus de fake news que leurs jeunes concitoyens.

Il me paraît enfin essentiel de mettre en place des campagnes médiatiques de sensibilisation destinées aux seniors pour les protéger des arnaques et abus de confiance sous toutes leurs formes.

Madame la Ministre, pourriez-vous dresser un état des lieux détaillé des mesures actuellement en vigueur relatives à l'accès à l'information et à l'éducation aux médias destinées aux seniors? Est-il envisageable d'encourager et d'intensifier la prise en compte des aînés dans ces politiques? Dans l'affirmative, de quelle manière?

Mme Bénédicte Linard, Vice-Présidente du Gouvernement et Ministre des Médias.- Madame la Députée, il n'existe pas à ce jour d'état des lieux détaillé des projets et des dispositifs spécifiquement adressés aux seniors, d'autant que ceux-ci ne constituent pas un public homogène en matière d'accès à l'information et d'éducation aux médias.

On sous-estime généralement le rôle des vulnérabilités sociales qui interfèrent de façon majeure dans le rapport aux écrans. Tous les seniors ne sont pas placés dans des contextes familiaux, culturels et sociaux équivalents, et les conséquences du mauvais usage des écrans apparaissent d'autant plus sérieuses lorsqu'on est en situation de vulnérabilité: absence ou insécurité d'emploi, difficultés matérielles de la famille, trop grande distance par rapport aux services éducatifs sociaux ou médicaux et contexte culturel appauvri. Tous ces facteurs peuvent rendre difficiles, voire inaccessibles, la compréhension des médias numériques, l'éducation aux usages des écrans et la distance critique.

Comme vous le soulignez, il est prévu dans la DPC d'évaluer et d'adapter le décret du 5 juin 2008 portant création du Conseil supérieur de l'éducation aux médias et assurant le développement d'initiatives et de moyens particuliers en la matière en Communauté française. Si ce décret prévoit déjà de s'adresser aux publics non scolaires, il est nécessaire de tenir compte des besoins spécifiques des publics adultes, y compris les seniors.

Il conviendra également d'encourager les initiatives émanant d'autres secteurs culturels de la Fédération Wallonie-Bruxelles, notamment l'éducation permanente et les centres culturels, ainsi que certaines politiques régionales, comme les espaces publics numériques (EPN), dont 53% ont les seniors comme premier public. L'expert en éducation aux médias de mon cabinet travaille déjà avec le Collectif des acteurs bruxellois de l'accessibilité numérique (Caban), le réseau des EPN de Bruxelles et de Wallonie.

Dans l'optique de la révision du décret du 5 juin 2008 et avec la volonté d'inclure davantage les seniors dans les politiques d'éducation aux médias, notre expert a contacté la Coordination des Associations de Seniors, il y a de cela deux semaines. Il rencontrera le conseil d'administration, à la fin du mois d'août, ainsi que d'autres opérateurs spécialisés qui s'adressent au public des seniors.

L'intégration des seniors dans l'éducation aux médias est effectivement un enjeu majeur aujourd'hui.

Mme Stéphanie Cortisse (MR).- Madame la Ministre, je vous remercie pour vos réponses qui démontrent que vous incluez les seniors dans les projets en cours d'éducation aux médias.

À notre époque, les jeunes ont grandi ou sont nés avec les nouvelles technologies et sont souvent à l'aise avec la manière d'appréhender les médias. Toutefois, lorsque nous évoquons les médias, ce n'est que trop rarement sous l'angle des personnes âgées. Or, l'accès à l'information et à l'éducation aux médias concerne bien évidemment aussi les seniors.