Relèvement des seuils de réussite aux épreuves certificatives externes

Intervention de Mme Stéphanie Cortisse, Députée, sur le projet de décret portant relèvement des seuils de réussite aux épreuves externes certificatives (Doc. 219 (2025-2026))
Mme Cortisse indique que le groupe MR soutient résolument le projet de décret, estimant qu'il répond à deux exigences fondamentales à ses yeux : la qualité des apprentissages et la valeur des diplômes délivrés par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle souligne que le texte met en œuvre un engagement clair de la Déclaration de politique communautaire (DPC) 2024-2029, qui prévoit de porter le seuil de réussite des épreuves externes certificatives à 60 %, sans préjudice de l'autonomie des conseils de classe.
Elle rappelle que cette orientation s'inscrit dans une position défendue de longue date par le Mouvement Réformateur, en faveur d'un niveau d'exigence plus ambitieux tant dans l'enseignement fondamental que dans l'enseignement secondaire. Elle précise avoir elle-même, lors de la précédente mandature, plaidé pour un relèvement du seuil de réussite du CEB à 60 %, la précédente DPC prévoyant déjà un renforcement du niveau d'exigence du CEB sans que celui-ci n'ait été concrétisé. Elle remercie dès lors la ministre de mettre en œuvre cette mesure.
Anticipant les critiques de certains groupes d'opposition favorables à la suppression du CEB au profit d'une évaluation en fin de tronc commun, elle défend le CEB comme un outil essentiel d'évaluation de la progression des élèves entre l'enseignement fondamental et l'enseignement secondaire, constituant également un repère important pour le système éducatif et les équipes pédagogiques.
Elle détaille les nouvelles conditions de réussite prévues à partir de l'année scolaire 2026-2027. Pour le CEB, l'élève devra obtenir au moins 50 % dans chacune des matières évaluées et atteindre une moyenne de 60 % pour l'ensemble de l'épreuve externe commune. Pour le CE1D et le CESS, l'élève devra atteindre au minimum 60 % à chaque épreuve pour que cette réussite soit prise en compte par le conseil de classe, sans préjudice de l'appréciation globale du parcours de l'élève, combinant les résultats aux épreuves externes et le travail accompli durant l'année.
Elle fonde ce relèvement des seuils sur un constat qu'elle juge préoccupant : des taux de réussite très élevés au CEB — de l'ordre de 86 à plus de 90 % selon les années, 86,9 % en 2025 — contrastent avec des taux de redoublement importants dès l'enseignement secondaire (13,8 % en 2e secondaire, 16,6 % en 3e, 15 % en 4e et 16,4 % en 5e). Selon elle, ce décalage démontre que la réussite au CEB ne garantit pas toujours la maîtrise effective des apprentissages de base nécessaires pour aborder sereinement le secondaire, et que les élèves les plus fragiles en subissent ultérieurement les conséquences sous la forme d'échecs répétés ou de décrochage scolaire.
Mme Cortisse souligne que les nouveaux référentiels sont qualifiés de « ce qu'il n'est pas permis d'ignorer » et estime qu'il n'est pas justifiable qu'un élève puisse réussir en n'ayant acquis que la moitié de ces connaissances essentielles. Le relèvement du seuil constitue, selon elle, un signal clair et précoce : un diplôme n'a de valeur que s'il atteste d'un niveau réel de maîtrise, et il convient d'éviter toute illusion de réussite susceptible de se transformer en échec ultérieur.
Répondant aux critiques du Parti socialiste, elle conteste l'idée selon laquelle le relèvement du seuil entraînerait mécaniquement une augmentation équivalente des échecs. Elle considère qu'une telle analyse fait abstraction des études scientifiques montrant que des attentes plus élevées conduisent à de meilleures performances, ainsi que des dispositifs issus du Pacte pour un enseignement d'excellence — accompagnement personnalisé, encadrement différencié, aménagements raisonnables — destinés à soutenir les élèves et à améliorer la qualité de l'enseignement. Elle estime que ne pas tenir compte de ces mesures reviendrait soit à les ignorer, soit à ne pas y croire.
La députée cite plusieurs travaux nationaux et internationaux (notamment Hattie, 2009 ; Benoliel et Schechter, 2017 ; Dweck, 2006 ; Barber et Mourshed, 2007 ; Marzano, 2003 ; Perrenoud, 1996) concluant que des exigences scolaires plus élevées, mises en place dès le primaire et accompagnées d'un environnement motivant et soutenant, produisent des effets positifs sur les apprentissages. Elle mentionne également une interview du professeur Hugues Draelants (UCLouvain, GIRSEF) indiquant que les systèmes éducatifs exigeants mais fortement soutenants sont plus équitables que ceux qui tolèrent une relégation silencieuse. Elle souligne encore que la docimologie met en évidence qu'un seuil explicite améliore la cohérence des pratiques d'évaluation et la compréhension des attentes par les élèves et les familles. Elle rappelle enfin que le seuil actuel de 50 % ne repose sur aucune étude scientifique et que fixer un seuil à 60 % constitue un choix politique assumé, éclairé par les sciences de l'éducation.
Elle insiste sur le fait que l'exigence ne s'oppose pas à l'égalité des chances mais en constitue, au contraire, une condition. Un système qui laisse passer des élèves sans s'assurer de l'acquisition des fondamentaux reporte les difficultés à plus tard et accentue les inégalités entre ceux qui peuvent compenser en dehors de l'école et ceux qui ne le peuvent pas.
Ce projet de décret s'inscrit dans une vision globale de renforcement des apprentissages de base et d'accompagnement des élèves, en cohérence avec l'accord de gouvernement qui vise l'amélioration continue du système scolaire, la réduction des écarts de performance, la lutte contre l'échec et le décrochage, et la consolidation des compétences de base (lecture, écriture, calcul).
Par ailleurs, elle souligne que le relèvement des seuils s'accompagne de moyens renforcés. Elle mentionne le test CLE en 4e primaire, destiné à établir un état des lieux des acquis en calcul, lecture et écriture et à ouvrir la voie à un accompagnement personnalisé renforcé. Elle indique qu'un investissement important en équivalents temps plein est prévu pour l'accompagnement en 3e, 4e, 5e et 6e primaire (320 ETP, soit 17,6 millions d'euros) et en 1re secondaire (140 ETP supplémentaires, soit 7,4 millions d'euros). Elle évoque également le maintien des moyens liés au degré différencié (10 000 périodes-professeur, soit 24,5 millions d'euros) afin de soutenir les élèves ayant échoué en tout ou en partie au CEB mais admis en 1re secondaire sur la base de leur dossier, ainsi qu'un maintien exceptionnel en 6e primaire si l'élève n'est pas prêt à entrer en secondaire.
Répondant à certaines critiques, elle affirme que la majorité n'a nullement pour volonté de diminuer l'exigence des référentiels ou des programmes, mais au contraire à renforcer les apprentissages de base. Elle précise que le texte prévoit explicitement que le relèvement du seuil ne pourra être compensé par une baisse de la difficulté des épreuves. Selon elle, l'objectif est de clarifier la ligne de réussite et d'adresser un message particulier aux élèves qui réussissent actuellement avec des résultats proches de 50 %, afin de les inciter à viser une maîtrise plus complète des connaissances essentielles.
Elle réfute l'idée d'une augmentation mécanique de l'échec, rappelant que les études montrent qu'un seuil explicite, connu à l'avance, intégré dans les pratiques pédagogiques et accompagné d'un soutien renforcé, peut produire un effet mobilisateur et réduire l'échec à terme. Elle souligne que l'autonomie des conseils de classe et des jurys d'école demeure pleinement préservée, conformément à la DPC et à l'attachement du MR à la responsabilité des équipes pédagogiques.
Elle conclut que le décret apporte une sécurité juridique et une plus grande lisibilité en inscrivant les conditions de réussite dans le texte décrétal lui-même. Relever les seuils de réussite revient, selon elle, à refuser le nivellement par le bas, à garantir la valeur des certificats et diplômes, à consolider les apprentissages de base et à réduire l'échec et le décrochage scolaire. Pour ces raisons, elle annonce que son groupe votera en faveur du décret.
Enfin, Mme Cortisse adresse une question à la ministre concernant l'évaluation du dispositif d'accompagnement personnalisé, renforcé dans le cadre de la réforme. Elle s'interroge sur l'existence d'une évaluation formelle de ce mécanisme et souligne qu'il lui paraît essentiel, dans le cadre de toute politique publique, de mesurer l'efficacité des dispositifs mis en place afin d'en vérifier les effets.