Suppression des subsides publics aux Antifas

03/03/2026

Question orale de Mme Stéphanie Cortisse, Députée, à Mme Elisabeth Degryse, Ministre-Présidente, à propos des subventions de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour des événements organisés par le Front antifasciste de Liège

Mme Stéphanie Cortisse (MR). – Bon nombre de débordements ont eu lieu lorsque le Front antifasciste de Liège s'est réuni pour manifester lors de certains événements organisés par le MR. Des plaintes ont été déposées, des instructions ont été ouvertes et plusieurs personnes ont été inculpées pour association de malfaiteurs, rébellion en groupe et coups et blessures.

Les membres du Front antifasciste de Liège adoptent les méthodes autoritaires qu'ils prétendent combattre, puisqu'ils recourent à la violence physique, aux menaces et à l'intimidation plutôt qu'au débat d'idées. Ils reconnaissent et revendiquent même cette violence sur les réseaux sociaux. Ce type d'organisations est dangereux pour la démocratie.

J'ai moi-même été témoin de scènes d'une violence rare le 18 septembre 2025, lorsque j'ai voulu rejoindre le bâtiment du Vingt-Août à Liège pour l'événement organisé à la mémoire de Jean Gol. J'ai d'ailleurs filmé et publié ces scènes pour dénoncer ce type de comportements. Je n'oublierai jamais qu'à Liège, devant l'université dans laquelle j'ai étudié, j'ai été chassée et pourchassée dans les rues, tandis que des collègues et des sympathisants du MR étaient frappés et intimidés pour leurs convictions politiques.

Madame la Ministre-Présidente, la Fédération Wallonie-Bruxelles et la Région wallonne ont subventionné plusieurs événements organisés par le Front antifasciste de Liège: le «FESTI'FAL 2025: Pour une internationale antifasciste» du 27 septembre 2025, le «Café Antifasciste #24: Échanges et ateliers d'écriture sur les antifascistes incarcérés» du 12 juillet 2024, le «Café Antifasciste #32: Propagande, mensonges et discours électoraux: ne vous faites pas avoir!» du 27 avril 2024, les ateliers d'écriture «Écrire-Agir» des 11, 12 et 18 avril 2024 et le «Café Antifasciste #16: Initiation au jeu "Antifa. Contre l'extrême-droite à toi de jouer!"» du 16 décembre 2022.

En outre, certains collectifs, eux-mêmes largement subventionnés par la Fédération Wallonie-Bruxelles, comme le Mouvement des Jeunes Socialistes, écolo j, le Comité d'action communiste (Comac), les Jeunes FGTB, la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC), le Collectif pour la Promotion de l'Animation Jeunesse Enfance (C-paje) et la Fédération des étudiant(e)s francophones (FEF), se sont joints au réseau mis sur pied par le Front antifasciste de Liège.

Confirmez-vous que des subventions ont été octroyées pour l'organisation d'événements liés directement ou indirectement au Front antifasciste de Liège ou à l'un de ses satellites? Dans l'affirmative, quel était le montant de ces subventions, quand ont-elles été octroyées, à quels bénéficiaires et pour quels événements?

Pourriez-vous citer l'ensemble des fonds publics qui ont été versés au Front antifasciste de Liège ou à de tels collectifs, que ce soit dans le domaine de la culture, de l'éducation permanente, de la jeunesse ou encore de l'enseignement supérieur? Sur la base de quels critères de telles subventions sont-elles octroyées?

Eu égard aux infractions pour lesquelles certains membres du Front antifasciste de Liège ont été inculpés, une suppression de toute subvention publique à ce collectif estelle prévue?

Mme Élisabeth Degryse, Ministre-Présidente. – Madame la Députée, plusieurs associations reconnues en éducation permanente font effectivement partie de la liste des signataires du Front antifasciste de Liège, comme le mentionne le site Internet de ce dernier. Cependant, la Fédération Wallonie-Bruxelles ne subventionne pas directement ce mouvement.

Au sein de cette liste figurent notamment l'Association pour la taxation des transactions financières et l'action citoyenne (ATTAC) Liège, le Centre d'action laïque (CAL) Liège, Barricade, le Centre Polyculturel Résistances (CPCR), le Collectif contre les violences familiales et l'exclusion (CVFE), le Comité pour l'abolition des dettes illégitimes (CADTM), l'ASBL D'une certaine gaieté, les Femmes Prévoyantes Socialistes (FPS) Liège-Soralia, l'Institut d'histoire ouvrière, économique et sociale (IHOES), Le Monde des Possibles, Peuple et Culture (PEC), Promotion et Culture, Territoires de la Mémoire et Voix de Femmes.

Il est important de noter que la charte du Front antifasciste de Liège indique clairement qu'il s'agit d'un réseau d'individus. Elle souligne que personne ne peut communiquer ou agir au nom du Front, mais que tout le monde peut le faire en tant que «participant.e au Front».

L'événement FESTI'FAL, les Cafés Antifascistes et les ateliers d'écriture «Écrire-Agir» que vous avez cités sont des initiatives portées par l'ASBL PEC, qui est reconnue en éducation permanente par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ces initiatives sont organisées en partenariat avec d'autres associations reconnues et financées ou non par la Fédération Wallonie-Bruxelles et, parfois, avec le Front antifasciste de Liège.

L'engagement militant fait partie intégrante de la vie démocratique. Il reflète la pluralité d'opinions, la participation citoyenne et la volonté de contribuer à l'intérêt général. Cela ne signifie pas que les associations cautionnent ou encouragent l'ensemble des agissements de certains de leurs membres. Il est essentiel de distinguer la ligne philosophique d'une association de comportements individuels isolés. Le fait qu'une association défende publiquement une cause ne signifie pas qu'elle cautionne l'ensemble des agissements de tous les individus avec lesquels elle partage cette cause, encore moins lorsque ces agissements s'écartent du cadre légal.

Les politiques d'éducation permanente et de jeunesse se réfèrent à une conception partagée de l'éducation permanente, qui vise l'analyse critique de la société, la stimulation d'initiatives démocratiques et collectives, le développement de la citoyenneté active et l'exercice des droits sociaux, culturels, environnementaux et économiques, et ce, dans une perspective d'émancipation individuelle et collective et en privilégiant la participation active des publics visés et l'expression culturelle. Exercer son esprit critique, exprimer et défendre son point de vue, proposer des alternatives: tout cela s'inscrit pleinement dans l'esprit et la finalité de l'éducation permanente.

L'exercice de la liberté d'association et de la liberté d'expression, garanti notamment par les articles 10 et 11 de la Convention européenne des droits de l'homme et les articles 19 et 27 de la Constitution belge, permet aux organisations de la société civile de défendre des positions, promouvoir des causes et contribuer au débat public. Bien entendu, la liberté d'expression doit s'exercer dans le respect d'un certain nombre de règles. Les délits commis par certains individus sont susceptibles d'être sanctionnés, sans que cela entraîne automatiquement la responsabilité de l'association à laquelle ils appartiennent.

Dès lors, bien que je ne tolère en aucun cas les violences et les actes d'intimidation commis lors de rassemblements organisés par le Front antifasciste de Liège, j'appelle à la prudence. Il ne faudrait pas faire porter la responsabilité de débordements individuels à des associations, fussent-elles adhérentes au Front antifasciste de Liège.

Mme Stéphanie Cortisse (MR). – Madame la Ministre-Présidente, les partis démocratiques défendent l'engagement militant, l'esprit critique et la pluralité des opinions. Il s'agit là de l'essence de la démocratie.

Or, c'est précisément à cela que les organisations que j'ai mentionnées s'opposent. Elles tentent d'empêcher le premier parti francophone de s'exprimer et de se réunir, en l'intimidant et en faisant usage de la violence. J'ai vu un jeune militant du MR recevoir des coups de pied!

Le Front antifasciste de Liège est une association difficile à catégoriser, comme l'a confirmé Francisca Bostyn, administratrice générale de la Sûreté de l'État: «Le milieu d'extrême gauche s'est fait remarquer publiquement tout au long de l'année 2025 par des actions violentes. Parmi les phénomènes émergents, celui de "l'antifascisme militant", même s'il est très difficile de définir le mouvement antifa, car il n'est pas homogène».

Certes, mais ce mouvement est à présent clairement identifiable. La presse nous apprend qu'il se réunit régulièrement lors d'assemblées générales. La dernière réunion de ce genre a eu lieu le 20 février à Liège. De plus, le mouvement Antifa a effectué, sur son site Internet, un recensement des nombreux collectifs qui souscrivent à ces assemblées générales.

Il est inadmissible que des organisations appellent à la haine et à la violence, agressent des citoyens et des policiers et dégradent des biens publics.

Je propose une suspension des subventions dont bénéficient ces collectifs en attendant une condamnation éventuelle des membres mis en cause et la découverte des rôles qu'ils y jouent. Le MR sera intransigeant dans ce dossier, car évoluer au sein d'une société démocratique est un droit auquel l'extrême gauche porte aujourd'hui atteinte.