2e et 3e années du degré inférieur secondaire

Question orale de Mme Stéphanie Cortisse, Députée, à Mme Valérie Glatigny, Ministre de l'Education, à propos des deuxième et troisième années du degré inférieur de l'enseignement secondaire
Mme Stéphanie Cortisse (MR). – Dans une interview publiée la semaine dernière dans le journal «Le Soir», la Ministre-Présidente Elisabeth Degryse est revenue sur la suite du parcours du degré inférieur de l'enseignement secondaire.
Mon groupe partage évidemment pleinement l'objectif de clarté pour les écoles. Cependant, nous ne nous en sommes jamais cachés, nous nourrissons beaucoup d'interrogations à l'égard d'un allongement du tronc commun jusqu'en troisième année secondaire, tel qu'il avait été conçu par les acteurs du Pacte pour un enseignement d'excellence il y a une dizaine d'années.
Nos inquiétudes concernent le décrochage scolaire pour les élèves en difficulté ou ceux qui aspirent à autre chose, et les pertes d'emplois. Sauf erreur de ma part, on parle de 1 400 emplois perdus avec l'allongement du tronc commun pour les enseignants d'options et de l'enseignement qualifiant.
Je doute vraiment que tous les partis et acteurs institutionnels qui plaident en faveur d'un tronc commun allongé seront prêts à en assumer pleinement les conséquences une fois que cette mesure, votée il y a dix ans, entrera en vigueur.
Madame la Ministre, vous avez souhaité, pour votre part, objectiver ce débat, en vérifiant l'adhésion réelle des acteurs de terrain avant d'aller plus loin. Vous avez défendu une ligne claire: ne pas enfermer un élève dans une filière, ne pas non plus retarder artificiellement l'orientation de ceux qui ont déjà un projet et cesser de considérer l'enseignement qualifiant comme une voie de relégation. Je ne peux que saluer votre démarche.
Pour moi-même ainsi que pour mon groupe, le tronc commun n'a jamais été un objectif en soi. En effet, ce qui compte, c'est la maîtrise des savoirs de base, la lutte contre l'échec scolaire et une orientation positive, progressive et choisie.
C'est la raison pour laquelle nous soutenons a minima la ligne que votre gouvernement a arrêtée, en accord avec la Déclaration de politique communautaire (DPC), à savoir que la troisième année secondaire ne soit pas une simple année de plus de tronc commun indifférencié, mais une véritable année de test des orientations, avec des activités orientantes réelles, et non symboliques, permettant à chaque élève d'expérimenter la transition comme l'enseignement qualifiant.
Pouvez-vous nous informer de l'état d'avancement des travaux sur la suite du parcours du degré inférieur de l'enseignement secondaire?
Mme Valérie Glatigny, Ministre de l'Éducation. – Madame la Députée, je partage votre conviction que ce débat doit être mené avec lucidité et sans posture idéologique, et également en tenant compte des impacts sur les membres des personnels, en particulier les enseignants de l'enseignement qualifiant.
Ce qui importe à nos yeux, ce n'est pas de mettre en œuvre mécaniquement un dispositif conçu il y a plus de dix ans dans un contexte différent de celui que connaissent aujourd'hui nos écoles. Il s'agit pour nous de garantir la réussite des élèves, de répondre aux besoins du monde éducatif, et construire des parcours qui ont du sens pour l'apprentissage des élèves comme pour les équipes pédagogiques.
C'est précisément l'esprit de notre DPC, qui prévoit d'adapter la troisième année secondaire pour en faire une véritable année de transition, avec un socle commun allégé et une place significativement renforcée pour les activités orientantes. Nous venons d'ailleurs, comme vous le savez, d'en placer durant les jours blancs en première année secondaire.
Pour ma part, je considère que cette troisième année doit être l'occasion de donner davantage de sens aux apprentissages, et de permettre à chaque élève de construire progressivement son projet d'avenir. Cela passe notamment par un renforcement réel des activités orientantes, par une véritable éducation au choix, par la possibilité de découvrir concrètement des secteurs, des métiers et des filières, par le développement de périodes combinant cours généraux et travaux pratiques, ainsi que par la valorisation des filières science et ingénierie des matériaux qui permettent aux élèves d'être au contact de métiers qui conduisent à des emplois disponibles et d'avenir. Cela passe aussi par une politique ambitieuse en matière de langues modernes, et je souhaite que nos élèves maîtrisent mieux les langues étrangères, notamment grâce à un apprentissage renforcé dès le début de l'enseignement secondaire, et à la poursuite de cet effort dans les années qui suivent. Les compétences linguistiques constituent un levier d'émancipation personnelle, de réussite académique et d'insertion professionnelle.
Je considère aussi qu'il faut continuer à renforcer l'exigence scolaire; la maîtrise des apprentissages fondamentaux doit demeurer la priorité et les évaluations certificatives doivent pleinement jouer leur rôle de balises dans le parcours de l'élève, notamment en fin de troisième année secondaire. À cet égard, le gouvernement a déjà relevé le seuil de réussite des évaluations externes communes à 60 %.
Enfin, je suis particulièrement attentive à la dimension humaine de cette réforme; toute évaluation du parcours scolaire doit être pensée en tenant compte de ses conséquences pour les membres du personnel. Je suis convaincue que le développement des activités orientantes, la valorisation de l'enseignement qualifiant, le renforcement des politiques d'orientation, du numérique éducatif ou encore l'accompagnement des élèves constituent autant d'opportunités pour développer de nouvelles missions au service de l'école, et mettre à profit l'expertise des enseignants.
C'est à cette condition que nous pourrons accompagner la transformation de l'enseignement secondaire inférieur, obtenir l'adhésion des équipes éducatives, et faire de cette réforme une opportunité pour les élèves et pour les personnels. Mon objectif est clair: préserver l'ambition d'émancipation des élèves, tout en adaptant les modalités de l'offre d'enseignement aux réalités et défis d'aujourd'hui et de demain, au bénéfice des élèves et des équipes pédagogiques.
Mme Stéphanie Cortisse (MR). – Madame la Ministre, je ne manquerai pas de continuer à suivre ce dossier important, si ce n'est le plus important de l'actuelle mandature, puisqu'au-delà des positions idéologiques des uns et des autres, il y a celles des opérateurs de terrain.
C'était d'ailleurs assez particulier de voir, lors de la dernière manifestation à Liège, il y a quelques jours, beaucoup de syndicats et d'enseignants syndiqués, reconnaissables à leurs chasubles, aux côtés d'enseignants munis de calicots et de panneaux contestant l'allongement du tronc commun et la suppression du degré différencié, alors que les syndicats présents à leurs côtés défendent ces mesures corps et âme depuis dix ans!
Il existe un certain décalage entre ce que réclament certains acteurs dits institutionnels et ce que souhaitent, pour les élèves, les acteurs de terrain, ceux qui les connaissent. Je veux vraiment que nous mettions fin à ce décalage avant d'avancer davantage dans ce dossier. Il faut aussi rappeler qu'il s'agit du fameux Pacte pour un enseignement d'excellence, et il faudra que tout le monde assume la direction dans laquelle nous irons; sinon, évidemment, cela créera le chaos. Mais tout le monde devra assumer les conséquences en termes de décrochage potentiel des élèves et de pertes d'emplois. En effet, si nous allions vers un tronc commun pur et dur tel qu'il était prévu par le Pacte pour un enseignement d'excellence, ce qui ne sera de toute façon pas le cas puisque nous allons l'alléger, comme le prévoit la DPC, je pense que nous nous exposerions à de telles conséquences. C'est en tout cas ce que me disent les acteurs de terrain. Je dis «je pense», mais, en fait, je ne fais que relayer leurs inquiétudes.