Campagne à l'école de lutte contre la consommation de drogues

07/09/2026

Question orale de Mme Stéphanie Cortisse, Députée, à Mme Valérie Glatigny, Ministre de l'Education, à propos de la campagne de lutte contre la consommation de drogues

Mme Stéphanie Cortisse (MR). – Depuis 2025, Sciensano analyse la consommation de drogues en Belgique grâce à une analyse des eaux usées. Traditionnellement, la consommation de drogues dans la population est étudiée par des enquêtes, des enregistrements hospitaliers ou encore des chiffres de la police. Les résultats de cette première analyse nationale des drogues dans les eaux usées complètent ainsi ces données existantes afin d'avoir une idée plus complète de la consommation de drogues en Belgique. L'analyse montre des différences entre les Régions et entre les stations d'épuration qui desservent les grandes agglomérations urbaines. Pour certaines substances, des valeurs normalisées plus élevées ont été constatées dans les stations qui desservent notamment certaines parties d'Anvers, de Bruxelles et de Liège. Les résultats de cette analyse sont interpellants. On constate notamment que l'utilisation de la cocaïne est généralisée en Belgique et a été trouvée dans toutes les stations, tout comme la kétamine, une drogue dont la consommation est désormais largement répandue, contrairement à il y a cinq ans. La consommation de crack est également présente dans tout le pays.

Outre cette enquête, on constate que les démantèlements de trafics de drogues et les saisies de drogues n'en finissent plus ces dernières années. Les violences, les règlements de compte entre réseaux, l'insécurité en rue qui en découle, sont des problématiques méritant une attention plus importante de la part de tous les niveaux de pouvoir.

On sait que ce phénomène est pris très au sérieux par le ministre de l'Intérieur, M. Bernard Quintin. En ce qui concerne la Fédération Wallonie-Bruxelles, nous avons plusieurs leviers au niveau de la prévention et de la répression par rapport à la consommation et au trafic de drogues chez les jeunes, ce qui relève principalement des compétences de votre collègue, Valérie Lescrenier, ministre de la Jeunesse et de l'Aide à la jeunesse.

Si je vous interroge en votre qualité de ministre de l'Éducation, c'est afin d'évoquer avec vous l'opportunité d'organiser une campagne de lutte contre la consommation de drogues à mener auprès des élèves dans les écoles wallonnes et bruxelloises, non seulement pour que les jeunes se rendent compte des risques pour leur santé, mais aussi pour leur faire clairement prendre conscience du fait qu'en qualité de consommateurs, ils contribuent au financement des organisations criminelles qui sévissent dans notre pays et partout dans le monde.

Madame la Ministre, une campagne de lutte contre la consommation de drogues pourrait-elle être déployée dans les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles? Dans l'affirmative, selon quelles modalités? Cela pourrait-il être réalisé en collaboration avec les services de police?

Mme Valérie Glatigny, Ministre de l'Éducation. – Madame la Députée, je connais bien les constats que vous évoquez, car ils me préoccupent aussi. L'évolution et la diversification de la consommation de drogues chez les jeunes appellent toute notre vigilance.

Comme ministre de l'Éducation, mon rôle est de veiller à ce que les apprentissages dispensés à l'école donnent aux élèves les connaissances scientifiques nécessaires pour comprendre les mécanismes de l'addiction, ainsi que les effets et les conséquences de la consommation de stupéfiants sur leur santé, leur développement et leur bien-être. L'école doit aussi être un lieu de prévention et doit pouvoir orienter les élèves en difficulté. Cette problématique touche aussi à la santé, à l'accompagnement des jeunes, à la sécurité et à la lutte contre les trafics. Elle nécessite une réponse coordonnée avec les niveaux de pouvoir. Je vais évoquer plus loin le travail mené avec M. Quintin.

Dès le début de mon mandat, j'ai été alertée par Agir en prévention sur les difficultés qui sont rencontrées par les opérateurs spécialisés pour accéder à certains secteurs qui relèvent de notre Fédération, notamment aux établissements scolaires, particulièrement en Wallonie. C'est pourquoi je travaille sur cette problématique avec mes collègues Yves Coppieters, Valérie Lescrenier et Elisabeth Degryse. Un important travail d'analyse est en cours, y compris en ce qui concerne une proposition en ligne avec votre projet d'une campagne de lutte contre la consommation de drogues.

En outre, il est essentiel que je veille, depuis ma compétence liée à l'éducation, à ce que les référentiels et les programmes d'apprentissage permettent aux élèves d'acquérir les connaissances scientifiques nécessaires pour comprendre les mécanismes de l'addiction, ainsi que les conséquences de la consommation de stupéfiants sur leur organisme. Cet apprentissage doit s'articuler avec les actions d'information et de sensibilisation menées sur le terrain pour renforcer la cohérence et l'efficacité des messages de prévention.

Les écoles peuvent pour cela s'appuyer sur les centres PMS, les services de promotion de la santé à l'école (PSE), les acteurs spécialisés, mais aussi sur les équipes mobiles de l'enseignement obligatoire. L'objectif est d'agir en amont, notamment en renforçant chez les jeunes la confiance en soi, l'esprit critique, la gestion des émotions et la capacité à résister aux influences.

Nous agissons aussi sur la formation et les outils. J'ai en effet demandé à l'Institut interréseaux de la formation professionnelle continue (IFPC) de renforcer son offre relative aux assuétudes dès l'année scolaire 2026-2027, et nous développons, avec Agir en prévention, des ressources pédagogiques qui sont destinées aux équipes éducatives et aux centres PMS.

La collaboration avec les services de police a également été renforcée. Une nouvelle circulaire PLP 41, datant du 14 mai 2026 et portée au niveau fédéral par le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin, a été communiquée aux établissements au mois de juin et actualise le dispositif de collaboration entre les écoles et la police. Cette circulaire vise explicitement la consommation, la détention et le trafic de drogues en milieu scolaire ainsi que le recrutement de mineurs par les réseaux criminels. Elle renforce également le rôle du référent-école PLP 41, un interlocuteur privilégié entre les établissements et les services de police, et prévoit également des procédures claires pour les situations liées aux stupéfiants. Les limites dans les rôles doivent cependant demeurer claires: la police intervient pour les questions liées au trafic, à la sécurité et aux infractions. La prévention et l'accompagnement sont pris en charge par les centres PMS, les services PSE et les professionnels spécialisés.

Je m'inscris dans le cadre de la nouvelle stratégie interfédérale en matière de drogues 2026-2029. Un phénomène aussi complexe exige une action coordonnée. L'école ne doit pas agir seule face aux phénomènes de drogue. Elle peut surtout agir sur la prévention. Il importe de travailler de manière concertée – c'est là tout le sens du travail que nous menons depuis le début de la présente législature.

Mme Stéphanie Cortisse (MR). – Madame la Ministre, je ne manquerai pas de relire votre réponse très complète et de la communiquer aux écoles qui m'ont interpellée à ce sujet, certaines d'entre elles étant confrontées à cette problématique. Comme vous l'avez dit, certains acteurs peuvent déjà être sollicités – les centres PMS, les services PSE et les équipes mobiles.

Vu l'augmentation de la consommation de drogues et des problèmes qui y sont liés, à Bruxelles et ailleurs, il faut renforcer, outre les sanctions, les dispositifs de prévention qui sont le cœur des politiques menées en Fédération Wallonie-Bruxelles. J'entends que vous en parlez notamment avec M. Coppieters, Mme Lescrenier et Mme Degryse. Il s'agit en effet de se coordonner avec eux, mais aussi avec le niveau de pouvoir fédéral. C'est ce que vous faites: je ne manquerai pas de vous interroger plus tard pour constater les avancées concrètes de ce travail.

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