Extension à 2h du cours de Philosophie et Citoyenneté et cours de religion optionnels

Question orale de Mme Stéphanie Cortisse, Députée, à Mme Valérie Glatigny, Ministre de l'Education, à propos de l'extension à deux heures du cours d'éducation à la philosophie et la citoyenneté et cours de religion optionnel dans l'enseignement officiel et officiel subventionné
Mme Stéphanie Cortisse (MR). – Durant la précédente législature, nous avons organisé de nombreuses auditions au sein d'un groupe de travail chargé d'examiner l'extension à deux heures du cours d'éducation à la philosophie et la citoyenneté (EPC) pour l'ensemble des élèves de l'enseignement obligatoire.
Avec mes anciens collègues de la majorité, en nous basant sur les échanges intervenus lors de nos travaux, nous avons déposé une proposition de résolution, adoptée le 1er décembre 2021, émettant diverses recommandations adressées au gouvernement afin d'étendre à deux heures le cours d'EPC pour l'ensemble des élèves de l'enseignement obligatoire, en veillant à une soutenabilité du cadre humain, budgétaire, statutaire et organisationnel de la réforme.
Dans le rapport de ma tournée des écoles de l'arrondissement de Verviers, je relève que, dans l'enseignement fondamental et secondaire officiel, Wallonie Bruxelles Enseignement (WBE), et dans l'enseignement officiel subventionné, communal et provincial, 73 % des répondants souhaiteraient que le cours d'EPC passe à deux heures au lieu d'une et que les cours de religion et morale (RLMO) soient supprimés ou à tout le moins rendus optionnels en dehors de la grille horaire. 17 % ont un avis plus mitigé, 5 % veulent garder les cours de religion et morale dans la grille horaire à côté du cours d'EPC et 5 % voudraient voir supprimés tant le cours d'EPC que les cours de religion et morale.
Plusieurs arguments sont avancés en faveur du cours d'EPC et de son extension à deux heures. Le cours apprend le débat, le dialogue, le vivre-ensemble, le respect, la réflexion, la tolérance ou encore l'esprit critique. Il permet d'aborder des sujets comme la démocratie, la politique, les institutions, les grands sujets d'actualité, les droits des femmes ou la lutte contre le racisme. Il permet de former les adultes responsables de demain, d'ouvrir à toutes les cultures ou d'expliquer l'histoire des religions. Les répondants estiment qu'une heure hebdomadaire d'EPC n'est pas suffisante pour que les élèves et les enseignants puissent véritablement s'impliquer dans le cours. Les mêmes voudraient également voir les cours de religion et morale supprimés ou à tout le moins rendus optionnels en dehors de la grille horaire. Beaucoup estiment que la religion n'a pas sa place à l'école, doit se faire à la maison, relève du domaine privé. Ils ajoutent que cela entraîne des conflits entre élèves, des clivages, des cloisonnements ou des discriminations. Plusieurs estiment que la morale et l'EPC se recouvrent. En outre, de nombreuses personnes évoquent des raisons pragmatiques comme l'organisation des cours des différentes religions et morale à côté du cours d'EPC qui entraîne des difficultés importantes dans la confection des horaires, le manque de disponibilité des locaux, la pénurie et l'absentéisme des enseignants de religions et morale, ainsi que le coût budgétaire très élevé pour la Fédération Wallonie-Bruxelles lorsqu'un enseignant de religion se retrouve avec un seul ou quelques élèves seulement en classe.
À noter que, dans l'enseignement fondamental et secondaire libre subventionné, 84 % sont en faveur du maintien d'un apprentissage transversal de l'EPC, 9 % ont un avis plus mitigé et 7 % voudraient un cours d'EPC à part entière.
Madame la Ministre, au mois d'avril dernier, vous avez annoncé que des rencontres bilatérales avaient débuté avec divers acteurs et qu'un groupe de travail allait être mis sur pied, afin de rendre obligatoire, dans l'enseignement officiel et officiel subventionné, un cours d'EPC de deux heures hebdomadaires, en rendant optionnels les cours de religion et de morale non confessionnelle, le tout en étant attentif au droit constitutionnel des élèves d'avoir accès à une éducation religieuse ou morale.
Le groupe de travail annoncé a-t-il été installé? Quelle est sa composition? Où en sont ses travaux? Pourriez-vous faire le point dans ledit dossier, notamment concernant la méthode utilisée et le calendrier retenu?
Mme Valérie Glatigny, Ministre de l'Éducation. – Madame la Députée, je souligne la pertinence des éléments que vous avez recueillis dans le cadre de votre tournée des écoles de l'arrondissement de Verviers. Ils permettront de nourrir utilement la réflexion en cours, notamment en ce qui concerne les attentes exprimées par les acteurs de terrain et la diversité des réalités rencontrées. Je sais que vous vous faites souvent taquiner ici à ce sujet et je ne le comprends pas. Toute la journée, nous parlons de la nécessité de consulter le terrain et je sais que vous êtes très souvent critiquée pour le faire. Je trouve cela assez surréaliste.
Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'indiquer, l'objectif d'une généralisation à deux périodes hebdomadaires de l'EPC fait actuellement l'objet d'un travail approfondi. À ma demande, mon administration a réalisé une analyse juridique, pédagogique, organisationnelle et budgétaire en vue d'un renforcement du cours d'EPC à deux périodes hebdomadaires. Ces différents éléments alimentent aujourd'hui les travaux que nous menons avec mon cabinet.
Ces travaux s'inscrivent également dans les orientations fixées en la matière par la DPC et dans les balises établies par la résolution adoptée par notre Parlement en 2021. Cette résolution pose des principes importants, en ce qui concerne tant le contenu de la réforme que la protection de l'emploi et l'accessibilité des cours philosophiques. Il est essentiel que ces principes continuent à guider nos travaux.
Il s'agit, sur la base des analyses techniques en cours, de construire une réforme qui réponde aux objectifs fixés tout en apportant des réponses solides aux différents enjeux qu'elle soulève. Le groupe de travail instauré au début de cette année constitue, à cet égard, le cadre privilégié pour examiner la possibilité d'étendre le cours d'EPC à deux périodes hebdomadaires pour l'ensemble des élèves de l'enseignement obligatoire. Le périmètre des discussions couvre l'ensemble de l'enseignement obligatoire concerné, tant dans le réseau officiel organisé et subventionné que dans le réseau libre subventionné non confessionnel.
L'objectif est d'élaborer des scénarios complets permettant d'apprécier la faisabilité d'une telle extension et d'affiner les différentes hypothèses identifiées au regard, notamment, des contraintes budgétaires et organisationnelles ainsi que des enjeux en matière de ressources humaines. Ce dernier aspect est évidemment déterminant. Une réforme de cette ampleur ne peut être envisagée sans mesurer précisément ses conséquences sur les personnels concernés, les besoins en enseignants ainsi que les enjeux de formation. Le groupe de travail est notamment chargé de produire les analyses techniques nécessaires en matière de personnel et de ressources humaines. Le dialogue est, par ailleurs, bien engagé. Les représentants des fédérations de pouvoirs organisateurs de l'enseignement officiel subventionné et de l'enseignement libre non confessionnel ont été rencontrés, tout comme l'Association des professeurs de philosophie et de citoyenneté (AP.CPC), le Centre d'action laïque (CAL) et le Centre d'étude et de défense de l'école publique (Cedep). Ces échanges devront naturellement se poursuivre et d'autres acteurs seront associés aux moments opportuns.
À ce stade, je souhaite rester prudente quant à l'annonce d'un calendrier précis. Il ne serait pas responsable de fixer aujourd'hui une échéance avant que les travaux techniques aient permis de consolider les différents scénarios et, en particulier, d'apporter des réponses suffisamment robustes aux questions de ressources humaines, de formation, d'organisation et d'impact budgétaire.
Ma volonté est toutefois bien de faire avancer ce dossier. Dès lors que les travaux en cours auront permis de dégager des propositions suffisamment abouties, notamment sur les volets relatifs aux ressources humaines et à la formation, je déposerai au gouvernement un dossier lui permettant de se positionner sur les suites à donner à cette réforme. J'avance donc avec une ambition claire, mais aussi avec la rigueur qu'impose une réforme qui touche à la fois à l'organisation de nos écoles, aux personnels qui y travaillent et à un enseignement essentiel à la formation citoyenne de nos élèves.
Mme Stéphanie Cortisse (MR). – Madame la Ministre, je tiens à vous remercier pour le travail réalisé sur cette réforme tant sollicitée par les professionnels de terrain. Je ne manquerai pas de suivre les travaux de ce groupe de travail érigé à votre initiative. Cependant, je relirai votre réponse dans son ensemble, car j'ai été déconcentrée par une collègue assise en face de moi. Il s'agit de l'ancienne cheffe du groupe Ecolo – elle ne l'est plus désormais –, Mme Linard, qui rigole lorsque j'évoque ma tournée des écoles.
Mme Bénédicte Linard (Ecolo). – Excusez-moi, mais je n'ai absolument pas rigolé de vous.
Mme Stéphanie Cortisse (MR). – Vous avez ricané à ce moment-là.
Mme Bénédicte Linard (Ecolo). – Cela n'a absolument rien avoir; je discutais avec ma collègue. Arrêtez de jouer les victimes!
Mme Stéphanie Cortisse (MR). – Vous réagissez systématiquement, alors que vous avouez dans la presse vous délester de votre mandat de cheffe de groupe, car vous n'avez pas le temps de vous rendre dans les écoles. Vous rigolez et vous nous faites croire que vous entendez le secteur depuis deux ans, alors que vous n'avez pas le temps d'y mettre les pieds. Quand j'évoque un rapport sérieux et complet sur cinq ans, cela vous fait rire.
Mme Bénédicte Linard (Ecolo). – J'invoque un fait personnel. J'aimerais que les personnes autour de la table se limitent à leur rôle et arrêtent de fantasmer sur des faits inexistants.