Réforme de la formation initiale des enseignants : plus-value de la codiplomation ?

Question écrite de Mme Stéphanie Cortisse, Députée (MR), à Mme Elisabeth Degryse, Ministre-Présidente, à propos de la réforme de la formation initiale des enseignants : plus-value de la codiplomation ?
Mme Stéphanie Cortisse, Députée (MR).- Madame la Ministre-Présidente, la réforme de la formation initiale des enseignants est un des piliers du fameux Pacte pour un Enseignement d'Excellence de 2017.
J'ai récemment rencontré l'équipe de direction d'une haute école organisant la formation initiale des enseignants qui est assez dubitative concernant l'exigence de codiplomation avec l'université. Elle n'en voit en effet pas la plus-value, mais au contraire plusieurs inconvénients.
Tout d'abord, cela a pour conséquence de mettre en difficulté la viabilité d'implantations décentralisées, comme à Verviers. Puisqu'une partie des cours se donnent à l'Université de Liège, beaucoup d'étudiants ne voient plus l'intérêt de s'inscrire sur le campus de Verviers de leur haute école plutôt que sur le campus liégeois.
Ensuite, certaines difficultés sont relevées par rapport aux délibérations où il ne serait pas toujours possible pour l'Université de se rendre.
En outre, la désynchronisation des calendriers scolaire et académique entraîne des difficultés dans le cadre d'une codiplomation puisque les étudiants ne sont alors jamais en congés, ceux-ci devant effectuer des stages au sein de l'enseignement obligatoire.
Madame la Ministre-Présidente, ces difficultés vous ont-elles déjà été remontées ? Quelles pistes de solutions sont-elles à l'étude pour y remédier ?
Je vous remercie déjà pour vos réponses.
Mme Elisabeth Degryse, Ministre-Présidente.- Madame la Députée, merci pour votre retour concernant votre échange dans cette haute école vérviétoise.
La co-diplomation est une des innovations fortes de la RFIE, mais assurément également un de ses défis.
Je vous remercie donc pour votre question sur un sujet qui est majeur à mon sens. S'il dépasse pour moi la question exclusive de la réforme de la formation initiale des enseignants, c'est dans ces cursus qu'il se matérialise, d'une part, avec le plus de contraintes et, d'autre part, sur base d'une solide philosophie défendue par les porteurs de cette réforme.
Il faut rappeler que cette réforme s'inscrit dans le contexte des premières années d'application du décret paysage, lequel vise à favoriser les collaborations entre établissements et, surtout, conditionne l'octroi de nouvelles habilitations au fait qu'elles reposent sur le principe d'une collaboration, d'une coorganisation ou d'une codiplomation.
Nous l'avons annoncé dans notre DPC : nous voulons évaluer, au cours de cette législature, cette obligation de collaboration, codiplomation ou coorganisation. J'ai déjà annoncé devant cette commission le lancement d'un marché public portant sur l'analyse de l'offre de formation en FWB : la pertinence de cette obligation de collaboration y sera bien évaluée.
J'en viens à la question spécifique de la réforme de la formation initiale des enseignants. La réforme menée par le Ministre Marcourt est notamment partie du constat qu'il existait, jusqu'alors, des filières étanches, calquées sur des niveaux d'enseignement progressifs et hiérarchisés. Le législateur a ainsi soutenu l'obligation de codiplomation en vue de la mise en commun de l'expertise des différents opérateurs de formation, utilisant les compétences de tous au profit d'une formation renforcée tant sur le plan disciplinaire que pédagogique.
La réforme de la formation Initiale est mise en œuvre depuis 2022. En juin, les premières cohortes finiront leur bachelier. A la rentrée, ces mêmes étudiants entameront leur 4ième année, l'année de master. Dans un an, nous aurons nos premiers diplômés.
Je suis bien au fait de ces difficultés dont les acteurs de terrain me parlent. Toutefois, je suis également bien consciente de l'ampleur des efforts, du travail acharné de ces mêmes acteurs pour faire en sorte que tout fonctionne au mieux. Nous en sommes toujours au début de la mise en œuvre de cette réforme et nous savons tous que toute mise en route nécessite de mettre progressivement toujours un peu plus d'huile dans les rouages. Aussi, respectueuse de tout ce travail mené, je ne souhaite pas tirer de conclusions hâtives. Je vous annonce toutefois mon intention de me pencher sur ce vécu de la mise en œuvre de la RFIE en initiant un processus évaluatif de celle-ci sur le temps long. J'entends concerter les modalités de ce processus avec les acteurs de terrain au cours des prochains mois afin de garantir l'adhésion à un tel processus.
Enfin, vous pointiez la problématique des calendriers académiques distincts entre les partenaires codiplomants. Il s'agit effectivement d'une difficulté engendrée par la coexistence de législations, de statuts du personnel et de pratiques différentes entre les universités d'une part et les hautes écoles et écoles supérieures des arts d'autre part. C'est pourquoi, dans le cadre du décret parcours étudiants, je travaille à une réforme des rythmes académiques dont les jalons permettront une organisation et un rythme académiques pertinents et cohérents pour les apprentissages.
Je vous remercie.