Résultats de l'enquête PISA 2025 et renforcement des compétences de base

Intervention de Mme Stéphanie Cortisse, Députée, dans le débat d'actualité relatif aux résultats de l'enquête PISA 2025
Mme Stéphanie Cortisse (MR). – Les résultats de l'enquête PISA sont toujours très attendus. Ceux de l'enquête de 2025 sont tombés hier. Cela a fait l'objet de nombreux articles de presse et commentaires dans des sens divers.
Par rapport à 2018, nos élèves ont perdu 28 points en mathématiques, passant de 495 à 467, 15 points en lecture, passant de 481 à 466, et 3 points en sciences, passant de 485 à 482. En outre, l'enquête révèle qu'il existe chez nous une baisse de l'effort et de la persévérance dans le chef des élèves. Il y a également plus de difficultés pour les élèves à faire face à des tâches plus complexes et des textes plus longs. Est-ce dû aux écrans? Je n'en sais rien, mais en tout cas, c'est un constat que fait cette étude PISA. En outre, la discipline se dégrade malheureusement en Fédération Wallonie-Bruxelles.
Certains se réjouissent parce que notre entité progresse de neuf places dans le classement international. Moi, je ne m'en réjouis pas. Je pense, comme vous, Madame la Ministre, que nous ne devons pas nous contenter d'être le moins mauvais élève de ce classement. En fait, pourquoi progressons-nous de neuf places? Pas parce que nous avons de meilleurs résultats, mais simplement parce que d'autres pays baissent. Se contenter de ce résultat serait un nivellement par le bas. Nos résultats doivent vraiment être meilleurs. Cela fait vingt ans que les résultats aux enquêtes PISA se dégradent. Cela fait vingt ans que les politiques éducatives considèrent comme des tabous l'exigence ou la discipline.
Maintenant, grâce à notre gouvernement, nous allons vraiment dans la bonne direction puisque ces notions d'exigence de réussite, d'efforts, de goût du travail sont remises au cœur de l'école. Force est de constater que ce sont ces notions qui se dégradaient dans le chef des élèves. Dès lors, pour moi, vous allez dans la bonne direction!
Certains se félicitent des réformes du Pacte pour un enseignement d'excellence. Il faut rester humble, car les élèves qui ont passé le test PISA avaient 15 ans l'année passée. Dès lors, ils n'étaient pas encore concernés par le tronc commun et les nouveaux référentiels.
Je ne fais pas partie des grands défenseurs du Pacte, en tout cas sur sa partie concernant l'allongement du tronc commun et les nouveaux référentiels, puisque, d'après les informations que je reçois de la part des acteurs de terrain, ils ont de moins en moins de temps pour aborder les compétences de base dans les nouveaux référentiels puisqu'ils ont beaucoup plus de choses à faire à l'école. J'espère dès lors que les grands défenseurs du Pacte ne se trompent pas et que, dans les années à venir, nos élèves seront mieux préparés et réussiront mieux leurs épreuves. Les enquêtes PISA ne sont, finalement, qu'un indicateur. Elles ne constituent pas une fin en soi, mais elles permettent au moins de se comparer aux autres systèmes éducatifs. Cependant, je doute de cet espoir. J'en doute si on ne remet pas au cœur de l'école ces valeurs d'exigence et de discipline.
Madame la Ministre, pourriez-vous rappeler quelles sont les mesures prises? Quelles sont les mesures qui vont encore être prises, notamment sur base de la Déclaration de politique communautaire (DPC) pour renforcer les compétences de base? Quelles sont les mesures que vous prenez pour avoir des indicateurs permettant de ne pas devoir attendre la prochaine étude PISA?
M. Martin Casier (PS). – Voir compte-rendu intégral : https://archive.pfwb.be/1000000020e00e2
Mme Valérie Glatigny, Ministre de l'Éducation. – D'abord, je pense qu'il serait malséant de cacher la poussière sous le tapis. Plusieurs d'entre vous l'ont rappelé: nos résultats baissent, et ce, avant tout par rapport à nos résultats précédents. Par rapport à 2018, à 2022 ou encore à 2000, nous voyons une courbe descendante, qu'il s'agisse de la Fédération Wallonie-Bruxelles ou, comme le rappelait M. Martin Casier tout à l'heure, des autres pays de l'OCDE. Nos élèves baissent de 28 points par rapport à 2018 en mathématiques, de 15 points en lecture et de trois points en sciences.
Cela dit et j'ai eu l'occasion de l'affirmer à la télévision hier, ces résultats comportent des éléments positifs, comme la relative stabilité de nos élèves en sciences, ce qui n'était pas le cas auparavant. Les résultats sont encourageants concernant l'équité et le nombre d'élèves «à l'heure» en quatrième année secondaire. En revanche, effectivement, il reste d'énormes points d'amélioration en ce qui concerne l'enseignement qualifiant.
Devons-nous pour autant nous réjouir de baisser un peu moins que les autres pays de l'OCDE? Non, car nous savons que nous partions de très bas. Si nous nous en réjouissions, nous accepterions le nivellement par le bas. Nous ne pouvons donc pas nous réjouir de ces résultats, car ils ne sont pas satisfaisants. Nous devrons montrer plus d'ambition pour nos élèves. Il est tout à fait fondamental de casser cette spirale négative; personne ne dit à un enfant qui ramène un mauvais bulletin que ce n'est pas grave parce que les autres enfants ont fait pire que lui. Au contraire, il faut encourager cet enfant à faire mieux.
Je comprends que certains souhaitent faire passer des messages différents, soit pour ne pas mécontenter les enseignants, soit pour valider la politique menée en matière d'éducation durant ces vingt dernières années lorsque d'autres partis étaient aux manettes. Ces comportements ne sont pas à la hauteur de la situation. Ces comportements ne sont pas à la hauteur de la situation, en particulier parce que nous faisons partie des cinq pays de l'OCDE qui financent le mieux leur enseignement. Nous pourrions dès lors nous attendre à ce que nous nous classions parmi les cinq premiers pour ce qui est des compétences des élèves. Ce n'est pas le cas! En effet, nous nous classons entre la 15e et la 23e place, ce qui ne correspond pas au niveau d'investissement consenti en faveur de l'enseignement. Par ailleurs, nous nous classons encore et toujours derrière la Flandre, même si celle-ci a connu une forte dégradation de ses performances. Notre résultat n'est donc pas satisfaisant et il convient de faire le maximum afin de casser cette spirale négative.
Pour ce faire, il faut, en priorité, examiner ce que font les meilleurs et s'inspirer d'eux afin de susciter un nivellement par le haut. Les meilleurs, qu'il s'agisse des systèmes asiatiques, anglo-saxons ou estoniens, combinent un haut niveau d'exigences et une excellente gestion du climat scolaire. Précisément, nous devons nous inspirer de certaines analyses fournies par les experts de l'OCDE, lesquelles rejoignent les constats réalisés par l'ULiège.
Comme l'a très justement souligné M. Deneef, nos élèves éprouvent des difficultés dans les tâches intellectuelles complexes, par exemple la lecture d'un livre. Ils sont également peu persévérants et montrent une faible résistance à l'effort. Il importe donc d'envoyer un signal d'effort et d'exigence.
La faible participation des familles a également été évoquée. Cet état de choses fait écho au contrat «Écoles-Société» abordé lors de précédents débats. Il est capital de davantage impliquer les familles dans l'éducation des enfants.
Dans le constat qui a été posé par les experts de l'OCDE et par l'ULiège, les écoles sont confrontées à un climat scolaire dégradé. L'enquête «Teaching and Learning International Survey» (TALIS) de l'année 2024 pointe qu'en Estonie, sur 100 minutes de cours, 9 sont dédiées à instaurer un climat favorable aux apprentissages dans la classe. En Fédération Wallonie-Bruxelles, une telle installation prend 20 minutes. Il faut tirer des enseignements de tout ceci: c'est précisément ce que visent nos réformes.
Par exemple, le test CLÉ qui est organisé dans les prochains jours, en début de quatrième année primaire, remet au centre les apprentissages de base: le calcul, la lecture et l'écriture. En effet, nous ne sommes pas bons dans ces matières.
Ensuite, nous avons également rehaussé le seuil d'exigence pour le certificat d'études de base (CEB), pour le certificat d'études du premier degré de l'enseignement secondaire (CE1D) et pour le certificat d'enseignement secondaire supérieur (CESS), avec le passage de 50 à 60 %. Il s'agit d'un signal d'exigence que nous envoyons à nos jeunes.
L'interdiction de l'usage récréatif du smartphone vise à contrer la baisse de l'attention dans les écoles. C'est la toute première décision que le gouvernement a prise dans le domaine de l'éducation.
L'ajout de deux périodes de travail autour du numérique en première année secondaire est également capital. Il faut apprendre à nos jeunes à faire un usage raisonné des réseaux sociaux et à utiliser correctement les outils numériques.
Enfin, l'allongement de la formation initiale des enseignants (FIE) est une mesure qui a été prise durant l'ancienne législature, lorsque j'étais ministre de l'Enseignement supérieur. Nous avons fait passer les études de trois à quatre ans, avec un stage de longue durée, afin de permettre aux enseignants de mieux réussir leur entrée dans le métier et de mieux apprendre à gérer un climat scolaire. Créer une ambiance scolaire s'apprend: faire régner la discipline permet de focaliser plus rapidement les élèves sur leurs apprentissages.
Je pourrais également vous parler de notre réforme systémique pour augmenter la qualité de l'enseignement qualifiant. C'est encore un point qui a été soulevé par les experts de l'OCDE. Il est en effet capital d'augmenter la qualité de notre enseignement qualifiant, parce que nous avons autant besoin de techniciens, de plombiers, d'électriciens, de mécaniciens automobiles, etc., que nous avons besoin de médecins. Nous travaillons actuellement sur une réforme systémique pour mieux articuler la formation dans l'enseignement qualifiant avec les besoins des secteurs professionnels. Je suis en effet convaincue que cette réforme va fonctionner.
Bien évidemment, il faut tirer les enseignements des résultats qui viennent d'être publiés. Nous n'avons pas la prétention de dire que nous pouvons nous coller une petite gommette au revers du costume et que tout est fait. Bien sûr que non! Il est capital de tirer les enseignements particuliers de cette édition, surtout que c'est par ailleurs l'unique fois durant notre mandat.
Monsieur Deneef, vous avez raison quand vous soulignez le fait qu'il y a probablement quelque chose qui se passe autour des réseaux sociaux. Ces derniers donnent lieu à plus de difficultés pour maintenir la concentration dans les classes et pour focaliser l'attention sur les apprentissages. C'est probablement en lien avec des pratiques numériques fragmentées – c'est le terme pudique pour parler du scroll. Il est en effet essentiel d'apprendre à nos enfants à avoir un usage raisonné des réseaux sociaux.
La deuxième piste sur laquelle nous devrons travailler est l'émergence de l'intelligence artificielle (IA), pas seulement pour lutter contre la triche, mais aussi pour l'utiliser à notre propre bénéfice. Dans les classes, l'IA permet à un enseignant de donner à un élève un exercice correspondant précisément à son niveau.
L'autre défi pointé dans cette enquête de l'OCDE est la grande hétérogénéité dans les classes et la différence de niveaux. C'est aussi pour cela que nous proposons plus d'accompagnement personnalisé (AP), comme cela est prévu dans le Pacte pour un enseignement d'excellence: 25 millions d'euros supplémentaires y sont dédiés.
Nous pourrions probablement aussi tirer davantage d'inspiration du projet pilote que nous avons mis sur pied dans nos écoles pour voir comment intégrer l'IA dans nos écoles au bénéfice de nos enseignants et de nos élèves, par exemple en introduisant des pratiques différenciées, c'est-à-dire des exercices qui correspondent précisément au niveau d'un élève. Ce sont les pistes sur lesquelles nous allons travailler avec enthousiasme dans les prochaines semaines et les prochains mois.
Je veux réitérer ma confiance dans notre plan pour inverser cette spirale négative, à savoir un plan qui se veut avant tout au bénéfice de nos jeunes.
Mme Stéphanie Cortisse (MR). – Je vous remercie, Madame la Ministre, pour l'ensemble de vos réponses.
Pour répondre à M. Casier qui a posé, me semble-t-il, une question d'actualité sur mon travail plutôt que sur l'enquête PISA, car il m'a citée pas moins de quatre fois en cinq minutes: non, le MR n'a pas remis en cause les plans de pilotage! Nous avons écouté les opérateurs de terrain. Ces derniers dénonçaient une surcharge administrative, nous avons donc évalué cette mesure et simplifié les plans de pilotage. Eh oui, Monsieur Casier, il faut écouter les acteurs de terrain!
C'est ce que j'ai fait aussi sur l'allongement du tronc commun et sur la suppression du degré différencié, qui découlent du Pacte pour un enseignement d'excellence. J'ai écouté les avis émanant des 150 écoles, tous réseaux et tous niveaux confondus, de mon arrondissement. En effet, la plupart des enseignants sont contre ces réformes et il faut les écouter aussi. Il est culotté de la part du chef de groupe du PS, qui prétend inlassablement qu'on n'organise pas suffisamment de concertations, de se moquer et de s'offusquer de mon travail de terrain et du fait que je fais part de l'avis des enseignants, qui pourtant sont les mieux placés pour connaître leurs élèves. Quelle condescendance de votre part pour les écoles situées sur le territoire d'Aubel, Baelen, Dison, Herve, Jalhay, Lierneux, Limbourg, Malmedy, Olne, Pepinster, Plombières, Spa, Stavelot, Stoumont, Theux, Thimister-Clermont, Trois-Ponts, Verviers, Waimes et Welkenraedt! Monsieur Casier, ces écoles sont peut-être loin de la capitale, mais cela ne rend pas leur avis moins important et moins pertinent pour la cause. Pour le reste, ne vous en déplaise, nous poursuivrons avec cette majorité afin de renforcer les apprentissages de base et remettre l'exigence et la discipline au cœur de l'école.